CEB, LES COULISSES DE LA CORRECTION -

CEB : on a dû considérer correct des « il metta » ou « il disa »

CEB : on a dû considérer correct des « il metta » ou « il disa »

L’évaluation de l’orthographe du CEB ne s’est faite que sur les septante premiers mots écrits par l’élève. Après le correcteur devait fermer les yeux. BELGA

Des points rajoutés en cours de route à tout le monde sans vraie justification. Des fautes d’orthographe ou d’accords de verbe que les correcteurs ont été obligés de coter comme justes. Des témoignages font état de drôles de choses dans les coulisses des corrections du CEB de cette année…

Dans les coulisses des corrections du CEB, il s’est passé d’étranges choses. Aucun instituteur n’en fera état publiquement. Et pour cause, ils sont tenus au silence. Chaque correcteur signe une déclaration de confidentialité avant de s’atteler à la correction en chaîne des examens certificatifs de fin de 6e primaire de tout le canton où il exerce. Et tout au cours du processus, les inspecteurs ont répété cette obligation de taire ce qui se passait.

«On nous a dit que le niveau de français était très élevé cette année et que nous devions nous montrer très souples », témoigne une institutrice. Concrètement? «On devait par exemple accepter n’importe quelle forme de passé simple, des «il metta » ou «il disa », c’était ok .»

«L’inspectrice a fait passer de 6 à 10 points toutes les copies en cours de correction »

L’évaluation de l’orthographe ne s’est faite que sur les septante premiers mots écrits par l’élève. Après le correcteur devait fermer les yeux. Si un élève avait par chance fait peu de fautes dans le début mais après avait écrit des catastrophes, tant pis. Et puis, tous les correcteurs acceptaient, ou pas, la nouvelle orthographe, de manière personnelle.

Enfin, il y a eu ceci. «À un moment, l’inspectrice a repris un gros tas de copies et a estimé que les cotes étaient trop basses, qu’elle allait se faire taper sur les doigts par «Bruxelles ». Alors elle a fait passer de 6 à 10 points toutes les copies », témoigne encore ce correcteur qui n’en revient toujours pas. «Quel est le message? Quelle est la valeur du CEB? C’est l’école des fans et ça dénigre toute la profession », s’attriste une institutrice.

Est-ce pour cette raison que les examens certificatifs de fin de 2e secondaire affichent des scores bien moins glorieux qu’en 6e primaire? C’est ce que certains pensent. Car les corrections en 2e secondaire se font par le prof lui-même, qui ne s’occupe que des examens de ses élèves.

On aurait pourtant pu croire que les profs auraient tendance à favoriser leurs élèves à de tels examens. On n’avait pas imaginé que ce soient les inspecteurs qui le fassent pour afficher des scores globaux meilleurs. «Ils nous disent qu’il faut relever le niveau pour montrer que le niveau n’est pas aussi bas que ce que dit PISA. Cette manière de faire est démoralisante pour nous qui sommes enseignants », conclut notre témoin.