ÉLECTRICITÉ

Pénurie d'électricité, « sujet d’inquiétude » pour les distributeurs

Pénurie d'électricité, « sujet d’inquiétude » pour les distributeurs

La mise à l’arrêt forcé de deux unités nucléaires à Doel et Tihange complique l’équation électrique hivernale. Heymans

Des délestages électriques durant l’hiver prochain? La probabilité a augmenté, disent les acteurs du secteur. Qui s’y préparent.

«Le risque de pénurie pour l’hiver prochain est un sujet d’inquiétude pour le secteur.» Parlant de la distribution d’électricité, la phrase n’est pas anodine quand on sait qu’elle provient d’ORES, un des principaux distributeurs d’électricité de Wallonie.

Dans une note d’information qu’elle a remis début juin aux comités de secteurs et aux responsables communaux, l’intercommunale s’inquiète d’une situation d’approvisionnement électrique qui risque d’être plus tendue que l’hiver dernier. Et ce pour plusieurs raisons.

Les «projections climatologiques qui tendent à prédire un hiver rigoureux», dixit ORES, cela constitue évidemment un élément très aléatoire. Par contre, l’entretien prévu de plusieurs centrales, l’existence de plans de mise hors service d’autres unités, les capacités d’importation limitées et – surtout – le redémarrage de plus en plus hypothétique des deux réacteurs nucléaires de Doel et Tihange sont autant d’éléments plus concrets.

À un point tel, donc, que les distributeurs prennent les devants en informant déjà de possibles délestage hivernaux les communes mais aussi les acteurs les plus exposés: hôpitaux, maisons de repos,… Ce vendredi une réunion est d’ailleurs prévue sur le sujet au Conseil Wallon de l’Action Sociale et de la Santé.

La probabilité est montée d’un cran, confirme Elia

«Il n’y a toutefois pas de raison de paniquer, tempère Gérard Couronné, bourgmestre de Genappe et président d’ORES secteur Brabant wallon qui a réuni il y a 8 jours les bourgmestres et échevins de la province pour une réunion d’information. Il n’y a pas plus de péril qu’hier, mais il s’agit juste d’informer de ce qui se passerait en cas de pénurie et de délestage.»

Pas plus de péril l’hiver prochain que lors de celui de 2013-2014? Ce n’est pas tout à fait l’avis d’ELIA: «Il faut accepter d’entendre qu’aujourd’hui la probabilité d’un délestage est une réalité, dit Axelle Pollet, porte-parole du gestionnaire du réseau de transport. Mais tous les acteurs se mobilisent aujourd’hui pour accompagner cette probabilité, qui est effectivement montée d’un cran.»

Chez Elia on a d’ailleurs prévu de communiquer officiellement vers le public en juillet prochain sur ce sujet. Car d’ici là, un autre élément – essentiel – complétera l’équation électrique: on saura si le plan Wathelet, qui prévoit la constitution d’une réserve stratégique de 800 MW via des centrales turbine gaz-vapeur, est prêt. Or, l’appel d’offres vers les producteurs qui court jusqu’au 4 juillet ne rencontrerait pas le succès escompté, entend-on…

« Pas de commentaire à ce sujet, dit Elia. On souhaite que la procédure se poursuive dans la sérénité. On verra à ce moment si on atteint ou pas les 800 MW. »

Mais quoi qu’il en soit, même si on devait l’atteindre, cette réserve stratégique qui était jugée confortable au moment de l’élaboration du plan Wathelet en 2012 ne suffirait plus aujourd’hui en cas de problème majeur (hiver rigoureux, importations limitées, etc.) admet le gestionnaire du réseau de transport. Car à l’époque il s’agissait d’accompagner en douceur une sortie programmée du nucléaire. Pas de suppléer aux problèmes de fissures des réacteurs de Doel et Tihange connus depuis. Et qui empêcheront tout redémarrage avant six mois, un rapport sur la situation des cuves fissurées n’étant pas attendu avant l’automne.

«C’est bien pour cela que nous devons sérieusement réfléchir aux types de mesures nécessaires pour faire face à une pénurie, note Axelle Pollet. Et notre communication prévue en juillet expliquera les mesures possibles pour éviter que le réseau ne s’effondre. Des mesures qui peuvent aller jusqu’au point le plus extrême qui serait le délestage, effectivement.»