ENVIRONNEMENT

La biodiversité wallonne va mal: les espèces en déclin

La biodiversité wallonne va mal: les espèces en déclin

La Wallonie a mal à sa biodiversité dont le recul est «franc, massif et indéniable», selon Natagora. EdA

Le déclin de la biodiversité s’accélère en Wallonie, prévient Natagora. Et les réserves naturelles ne représentent que 0,7% du territoire. Bien trop peu.

Grottes, landes sèches, hêtraies, forêts de pente, landes humides et sèches, pelouses calcaires… Sur 68 types d’habitats naturels qualifiés d’intérêt communautaires, 49 sont jugés en mauvais état. Et cette dégradation des habitats naturels est évidemment en lien direct avec cet autre constat: sur les 45 espèces végétales et animales emblématiques, 23 d’entre elles sont dans un mauvais état de conservation. Les quatre espèces d’animaux repris ci-dessous sont, auprès du grand public, les plus emblématiques de ce déclin wallon. Mais c’est en réalité par centaines que mammifères, batraciens, reptiles, oiseaux et plantes sont sous pression.

Bref, la Wallonie a mal à sa biodiversité dont le recul est «franc, massif et indéniable», selon Natagora. En 150 ans, la région a ainsi perdu 9% de ses espèces sauvages et le déclin s’accélère, selon l’association de protection de la nature qui interpelle les responsables politiques wallons pour que des mesures stratégiques soient prises durant cette législature.

Étendre les réserves naturelles

Alors que, faute d’arrêtés d’application définissant les mesures de protection à prendre, les sites Natura 2000 se dégradent, Natagora plaide pour une extension des réserves naturelles. Seul statut de protection réellement efficace. Et ce ne serait effectivement pas du luxe: alors que les scientifiques internationaux estiment que 5 à 10% du territoire devraient être sous ce statut pour avoir un effet bénéfique sur la biodiversité, la Wallonie n’y consacre que 0,7%. Dont la moitié pour les seules Hautes-Fagnes.

La tâche est donc immense. Et Natagora propose de l’entamer en ciblant les sites de grand intérêt biologique (SGIB) répertoriés en Wallonie.

Beaucoup se trouvent dans ou aux abords de zones agricoles. Et c’est précisément là que les espèces sauvages (faune et flore) souffrent le plus.

Or, agriculture et protection de la nature ne sont pas incompatibles puisque plus de la moitié des 4 300 hectares de réserves naturelles se trouvent en milieu agricole. À condition évidemment de basculer d’un mode de gestion intensif à une gestion plus extensive et encadrée par des mesures de protection du milieu naturel. Or, la volonté de la Wallonie de plafonner les aides à 20 ou 25000€ par exploitation située en réserve naturelle va dans le mauvais sens, estime Philippe Funcken: «par exemple, pour les bergers de Hautes-Fagnes, de la Haute Lesse ou de la Haute Meuse qui travaillent sur des centaines d’hectares avec des centaines de moutons c’est évidemment insuffisant, dit le directeur général de Natagora. Or, ces gens-là font un travail remarquable pour la biodiversité. Plutôt que de saupoudrer, il vaut mieux cibler les aides sur ceux qui ont un vrai potentiel pour la biodiversité.» En augmentant de 1000 hectares par an la superficie des réserves naturelles, elles ne couvriraient encore que 1% du territoire wallon dans cinq ans…

Des espèces emblématiques du déclin de la biodiversité wallonne

Tétras Lyre: il va disparaître

Le dernier recensement hivernal mené dans les Hautes-Fagnes a compté quatre mâles. Cet oiseau emblématique de la région est voué à disparaître. La faute à un habitat, les landes, qui s’est nettement amenuisé en une cinquantaine d’années. Notamment à cause de la plantation de résineux qui le privent de larges espaces ouverts dont il a besoin.

Petit Rhinolophe: 99 % ont disparu

Cette petite chauve-souris était naguère typique de nos régions où on la trouvait par milliers. Mais depuis 1950, 99% de la population a disparu. Il n’en resterait plus que trois colonies, tout au plus 50 individus. Outre les pesticides, l’agriculture intensive a détruit son habitat de prédilection: les haies et les bocages.

Hamster d'Europe: plus vu depuis 3 ans

Il y en avait encore énormément dans tout l’ouest de la Hesbaye durant les années 60. Aujourd’hui, le grand hamster d’Europe a sans doute totalement disparu de Wallonie. Les derniers terriers ont été observés il y a trois ans. Là aussi, c’est la dégradation de son habitat qui est en cause et consécutif aux dégâts de l’agriculture intensive.

Râle des genêts: dernier râle dans le champ

C’est un des 22 oiseaux les plus menacés de l’Union européenne. Et il est au bord de l’extinction en Wallonie à cause de la quasi-disparition des prairies maigres humides qu’il affectionne. Il illustre aussi le mal qui frappe tous les oiseaux des champs. Même l’alouette, toujours répertoriée comme espèce commune, a perdu 50% de sa population en 20 ans!