Autodérision

Reporters

J’en connais qui vont me traiter de rabat-joie ou de briseur de rêve. Parce que je leur dis que je frôle l’indigestion complète.

Voir toutes ces bagnoles affublées de chaussettes aux couleurs nationales sur leurs rétroviseurs, c’est vraiment une faute de goût. Arborer le drapeau tricolore, je ne dis pas, cela donne une idée de notre patriotisme. Mais ce sentiment n’est-il pas surfait, en réalité? On peut disserter à l’infini sur ce nationalisme exacerbé, revenu de nulle part. Les sociologues feront cela bien mieux que moi. Mais qu’est-ce qui fait qu’on est tous redevenus de bons Belges? Il faudra qu’on m’explique. Parfois, je me dis que c’est un peu comme lors des fêtes de Noël: les moins pratiquants sont les plus enclins à décorer leur maison ou à sortir sapins et guirlandes.

On va donc arborer les pavois dès ce mardi. À la seule condition que nos Diables battent l’Algérie, notez bien. Enfin, c’est ce que je pense. En cas de défaite ou d’élimination précoce, je vous le demande: continuera-t-on à collectionner les verres à bière, les canettes, les chaussettes, les Panini, les cuberdons, les saucisses, les lunettes, les sets de maquillages, les vareuses, les drapeaux, les kits du parfait supporter, les ballons du Brésil ou les tongs à nos couleurs nationales? Va-t-on continuer à apprendre les paroles de la Brabançonne?

Je ne peux pas répondre à la question: le Belge n’a jamais vraiment appris à acquérir cet esprit chauvin et cocardier que nos voisins français possèdent dès leur plus jeune âge. La fierté d’être belge doit-elle donc passer par un exploit de ses Diables? Si tel doit être le cas, je pense qu’on force un peu notre nature: la seule chose qu’on ne pourra jamais nous retirer, c’est notre sens inné de l’autodérision et du surréalisme.