VERSAILLES

Les méditations de l’artiste Lee Ufan

Les méditations de l’artiste Lee Ufan

L’artiste Lee Urfan expose ses œuvres dans les jardins de Versailles, comme cette «arche». AFP

Invité par le château de Versailles, l’artiste Lee Ufan y expose des œuvres de pierre et d’acier, toutes absolument inédites…

Une grande arche métallique, comme un arc-en-ciel, a surgi à Versailles: invité par le château, l’artiste d’origine coréenne Lee Ufan a conçu des œuvres de pierre et d’acier qui diffusent leur mystère dans les jardins d’André Le Nôtre.

Agé de 77 ans, Lee Ufan, peintre et sculpteur qui vit et travaille entre le Japon, Paris et New York, présente dix œuvres – dont une seule à l’intérieur – pour cette exposition d’art contemporain qui ouvre à partir de ce 17 juin au public au château de Versailles, près de la capitale française.

Après les arbres en bronze

Loin des exubérances controversées de Jeff Koons (2008), de Takashi Murakami (2010) et de Joana Vasconcelos (2012) dans les appartements royaux, les œuvres poétiques et méditatives de Lee Ufan se posent sans heurts dans le paysage géométrique conçu par le jardinier de Louis XIV.

Avant lui, en 2013, l’artiste italien Giuseppe Penone avait déjà créé un dialogue avec le parc, en installant ses arbres en bronze.

Présidente du château de Versailles depuis fin 2011, Catherine Pégard a infléchi la politique d’art contemporain du château en recherchant des artistes qui cherchent des «correspondances» avec le lieu.

L’œuvre de Lee Ufan répond parfaitement à cette demande. «Avant de concevoir une sculpture, je me rends sur le lieu car mes œuvres s’adaptent à celui-ci», explique l’artiste pour qui la mise en relation des lieux et des matériaux est essentielle.

Le sculpteur, qui a un atelier à Paris depuis de nombreuses années, s’est rendu plusieurs fois à Versailles pour préparer son exposition.

«Toutes les œuvres de Lee Ufan présentées à Versailles sont inédites», précise ainsi Alfred Pacquement, commissaire de l’exposition.

Synthèse entre les cultures

L'»Arche de Versailles», tenue par deux grandes pierres, est la plus impressionnante. Posée face à la grande perspective, cette structure en acier inoxydable haute de 12 mètres surplombe un long rectangle de 30 mètres, lui aussi en acier. Les reflets changent, selon l’état du ciel.

«J’ai eu l’idée de cette arche en me souvenant d’un arc-en-ciel que j’avais vu quand j’étais jeune au Japon», raconte Lee Ufan.

En remarquant les herbes d’une pelouse agitées par le vent, Lee Ufan a conçu une longue œuvre faite de plaques d’acier ondulées comme des vagues.

Au cœur d’un bosquet, des pierres de granite clair posées sur du gravier blanc forment un étrange rassemblement d' «étoiles» comme tombées du ciel. Leur ombre est faite de gravier gris. De grandes plaques de métal entourent le site.

Lee Ufan choisit avec soin ses pierres, qu’il veut neutres, non évocatrices d’une forme particulière. «La pierre est une représentation de la nature, une concentration du temps. D’elle on extrait du fer, pour construire nos sociétés industrielles», souligne l’artiste.

L’école des choses

Né en 1936 en Corée, Lee Ufan s’installe au Japon vers l’âge de 20 ans. D’abord écrivain et philosophe, Lee Ufan est l’artiste théoricien du mouvement d’avant-garde Mono-Ha (l’école des choses), courant artistique japonais qui s’est développé au début des années 1970 et juxtapose matériaux naturels et industriels. Il coïncide avec l’Arte Povera italien des mêmes années.

«Lee Ufan est imprégné de sa culture extrême-orientale mais il a également étudié la littérature et la philosophie occidentale et il réalise une synthèse entre les différentes cultures», souligne M. Pacquement, ancien directeur du musée national d’Art moderne de Paris. «L’artiste se défend d’être dans la culture du zen. La portée de son art est plus large, plus universelle que cela», ajoute le commissaire.

Les œuvres de l’exposition, qui se tiendra jusqu’au 2 novembre, sont produites par la galerie parisienne Kamel Mennour et par la galerie new-yorkaise Pace.