Serge Borlée, l’ange gardien des Diables au Brésil

Cet inspecteur principal de la police de Bruxelles est la «nounou» des Diables. Il va gérer leur sécurité durant la Coupe du monde.

Court sur pattes, mais du muscle. Un paquet de muscles. Hérité de quelques années à l’armée, de la pratique du close-combat, des remises à niveau effectuées à la police de Bruxelles, et entretenu comme un sportif du dimanche consciencieux. Avec ses yeux clairs, son crâne rasé et une petite barbiche décolorée qui part de sous sa lèvre inférieure pour lui barrer le menton verticalement, Serge Borlée a aussi une «gueule». Celle de l’emploi? Cela dépend. Parfois, son visage se ferme. Alors, on sait qu’il va agir. Soustraire sans sommation un joueur entouré par les médias depuis trop longtemps. Demander à des photographes ou des caméramans d’aller jouer du zoom un peu plus loin. Ou extraire un Diable qui se prête à n’en plus finir au jeu des autographes après un entraînement à Neerpede ou au stade Roi Baudouin.

«Parfois, je dois jouer au bad boy, sourit cet inspecteur principal de la police de Bruxelles qui a récemment pris un congé sans solde pour effectuer une pige full time avec les Diables. Les joueurs ne voient pas le mal. Kompany ou Hazard, par exemple, qui sont les plus demandés par la foule, ne rechignent jamais à donner de leur temps pour signer des autographes. Il faut surveiller ça, on ne sait pas ce qu’il peut se passer. Il peut y avoir un gars pas net dans le tas. En plus, quand je viens les chercher pour qu’ils arrêtent de signer, c’est moi qui endosse le mauvais rôle, pas eux. C’est moi qui enlève les joueurs et aux yeux des gens, ce n’est pas tel ou tel joueur qui fait la diva. Je me suis déjà fait insulter par les gens qui se pressent aux barrières, à cause de ça. Même cracher dessus. Je m’en fous!»

Les médias, eux, n’en arrivent pas à de telles extrémités, même si parfois, certains ne sont pas ravis non plus de voir débarquer Serge Borlée à un moment crucial ou en pleine interview. «Il ne faut pas oublier qu’il y a des consignes et que pendant qu’un joueur fait face à la presse, il y en a d’autres qui doivent attendre dans le car. L’intérêt autour des Diables est tel, qu’il faut tout limiter. Pour ce qui est des photographes et des caméramans, je dois être attentif à ce qu’ils ne dépassent pas une ligne déterminée ou qu’ils se placent en face… des panneaux publicitaires placés par les partenaires de la fédération. Ces gars ont des téléobjectifs grands comme mon bras, avec lequels ils peuvent tirer le portrait d’une mouche à 300 mètres, mais il faut quand même qu’ils tentent de venir sur le terrain, au plus proche des joueurs. Moi, je fais mon job. »

Un job dont l’appellation contrôlée est officiellement «agent de liaison». L’appellation «bodyguard» est non seulement surannée, mais elle serait en plus complètement incompatible avec la fonction exercée par notre homme à la police. D’ailleurs, il est loin de se contenter de jouer à l’agent répressif auprès des fans et des médias. C’est également Serge Borlée qui prend en charge toute la coordination de la sécurité autour des Diables, que ce soit avec les autorités ou avec les agences de sécurité ou de gardiennage privées.

Et s’il en a connu des vertes et des pas mûres dans sa «vie de cycliste», notamment auprès de Lance Armsrong (voir par ailleurs), les nerfs de ce Bruxellois de 56 ans sont mis à moins rude épreuve depuis qu’il exerce auprès des Diables. Tout au plus a-t-il eu un gros coup de chaud en juin 2012, lors de Belgique-Angleterre, le second match sous Marc Wilmots. «Un gars tout nu, un streaker, a surgi sur la pelouse. Rien de grave en soi, mais quand il s’est mis à cavaler, les fesses à l’air, en direction du banc belge, j’ai réagi car on ne sait jamais ce qui peut passer par la tête d’un gars comme ça. J’étais un rien plus haut dans la tribune et j’ai tout dévalé pour être prêt à intervenir. Mais il a été intercepté avant. »

Comme quoi, il faut vraiment parer à toute éventualité.