« Il faudrait apprendre aux femmes à se défendre »

« Il faudrait apprendre aux femmes à se défendre »

Jean-Michel Chaumont, vous êtes professeur de sociologie à l’UCL, le viol a-t-il toujours été utilisé comme une arme de guerre ou est-ce une particularité des conflits contemporains?

Depuis très longtemps, le viol des populations vaincues est une loi tacite de la guerre. C’est un phénomène très ancien qui ne s’est guère démenti tout au long de l’Histoire. Ce qui est plus singulier maintenant est de l’utiliser comme arme dans le temps du conflit et non plus comme une espèce de butin, de tribut des vainqueurs, mais comme moyen de démoraliser l’ennemi.

Le viol est une tactique d’oppression?

C’est vrai dans un certain nombre de cas. Mais lorsqu’on commence à transgresser ce genre d’interdit, la situation dérape très vite. Ce qui peut être conçu au début comme une tactique ne connaît plus de limites. Quand les interdits sont bafoués, dans un contexte de guerre où déjà l’interdit sur le meurtre est levé, plus rien n’est respecté, si le commandement laisse faire.

La conférence de Londres veut justement lutter contre l’impunité.

Je crains que la menace de procès devant une juridiction internationale ne soit pas suffisante. Cela peut faire réfléchir des dirigeants qui ont de bonnes chances de se retrouver devant ces instances. Mais sur le terrain, j’ai peur que cela ne change pas grand-chose. Pour garder le contrôle, il faut des officiers qui contiennent ces dérapages, qui les répriment au lieu d’exciter leurs troupes.

Comment le sommet de Londres peut-il aider à stopper ces atrocités?

Il est important d’en parler, de dénoncer les viols massifs pour qu’ils ne se commettent plus dans l’indifférence absolue, qu’ils ne soient plus acceptés comme une fatalité. Ceux qui ont le pouvoir réel d’arrêter ces atrocités se trouvent au sein même des armées. Ce sont les officiers, ceux qui commandent. Là se trouve le levier le plus immédiat. À mon sens, un certain nombre de tabous devraient également être levés.

Lesquels?

Il faudrait, par exemple, apprendre aux femmes à se défendre. Elles ne sont défendues par personne. Le jour où des miliciens, des soldats pourront s’attendre à être reçus par une rafale de Kalachnikov ou prendre un coup de rasoir bien placé, je crois qu’ils réfléchiront à deux fois. Pour l’instant, cette éventualité paraît impensable dans beaucoup de contextes, mais c’est une des voies à explorer.

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