LA RITOURNELLE

Darroussin, papa poule et ami des bêtes

De passage à Bruxelles, l’acteur se confie sur son nouveau rôle de père et sur son rapport aux bovins, qu’il a côtoyés de près sur le tournage de «La Ritournelle».

Les tournées promo, Jean-Pierre Darroussin connaît bien, à force. Il était d’ailleurs encore de passage dans notre capitale en octobre dernier pour Le Cœur des hommes 3, un film qu’on aimerait pouvoir oublier. Mais l’acteur cher à Robert Guédiguian compte davantage de bijoux que de navets dans sa filmographie. Une tendance confirmée avec La Ritournelle, une comédie douce-amère dans laquelle il campe avec beaucoup d’humanité un éleveur normand qui, à travers celles de son épouse, va être confronté à ses propres angoisses… entre deux concours de bovins.

Jean-Pierre Darroussin, au départ «La Ritournelle» était davantage centré sur le personnage d’Isabelle Huppert, comme une sorte d’escapade féminine. Mais au fur et à mesure du tournage, votre personnage a pris de l’importance. Au final, c’est un film sur le couple, une comédie de remariage.

Oui, le rôle de Xavier a pris une ampleur qui n’était pas prévue au départ, et j’en suis content. Il y a une profondeur qui a rééquilibré le film par rapport à ça. Marc Fitoussi (le réalisateur, NDLR) a compris que son parcours à lui était important aussi: il n’y a pas que l’escapade qui permet la remise en question, elle peut être intérieure également. Xavier fait d’ailleurs un progrès énorme, notamment dans son regard sur son fils.

C’est d’ailleurs une scène très émouvante dans le film…

Oui, en le regardant faire, il a soudain une vision de ce que c’est d’avoir un fils, un être à part entière…

Vous êtes justement papa une nouvelle fois depuis le mois dernier (NDLR: avec Anna Novion, la réalisatrice de «Rendez-vous à Kiruna»), et cette fois c’est un garçon! Envisagez-vous ce rôle différemment aujourd’hui à 60 ans qu’il y a 20 ans pour vos filles?

Oui, bien sûr. C’est très différent, parce qu’avec le temps et l’expérience la perspective de la paternité est plus retenue, plus tranquille. Il y a quelque chose de plus apaisé dans le rapport avec cette arrivée, quand on a mon âge. Pourtant beaucoup de camarades m’ont dit: «T’as du courage de te remettre dans les couches dis donc, je ne pourrais pas (rires)!» Mais je trouve ça d’une grande évidence, c’est moins chargé d’angoisses.

C’est la première fois que vous tourniez avec Isabelle Huppert. Comment ça s’est passé?

Formidablement bien. Ce n’est pas quelqu’un qui fait supporter ses angoisses aux autres, ou qui travaille dans le stress. Elle aime jouer la comédie, pour elle c’est assez ludique de faire son métier, et pour moi aussi… Donc nous étions tout à fait complices.

Elle a dit d’ailleurs que les scènes avec les vaches l’ont beaucoup amusée; quelque chose que vous connaissez bien, car jeune, vous passiez vos vacances chez des fermiers dans le Berry. Vous savez donc traire une vache…

Oui, quand on est en vacances dans une ferme on met forcément la main à la pâte (rires)! Donc ça m’est arrivé. J’ai un certain rapport, et même un amour de ces bêtes-là, de leur odeur, j’aime les sentir près de moi. Et les pauvres, elles vivent souvent dans un état concentrationnaire terrible. Dans mon enfance, on avait une petite exploitation familiale similaire, et c’était un paradoxe terrible que de faire naître ces veaux pour plus tard les envoyer à l’abattoir. D’ailleurs, quand le camion du boucher arrivait, mon oncle partait car il ne supportait pas de voir ça. Alors que pourtant c’était son métier…

Marc Fitoussi a dit avoir été «impressionné par votre humilité de jeu». Ça veut dire quoi, d’après vous?

Peut-être que je ne fais pas tout un pataquès pour faire mon métier, tout simplement (rires)!

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