PRISONS

Prisons: une «réalité sanitaire inquiétante»

Prisons: une «réalité sanitaire inquiétante»

Les risques sanitaires sont très élevés dans les prisons, soulignent diverses associations. EdA

La santé des détenus doit relever de la Santé et plus de la Justice, pointent des associations. Car le constat est inquiétant.

La Belgique compte quelque 11 000 détenus. Pour l’instant. Avec la construction des nouvelles prisons de Marche-en-Famenne, de Beveren, de Leuze-en-Hainaut, et de Termonde, en attendant celle de Haren, ce nombre va encore augmenter, annonce Juliette Moreau, présidente de la section belge de l’Observatoire International des Prisons (OIP). Et cela sans compter sur l’exécution effective des courtes peines.

Pire, la «réalité sanitaire des prions belges est inquiétante», affirme Vinciane Saliez, porte-parole de la CAPB. Le constat est posé dans un document de la Concertation Assuétudes Prisons Bruxelles, signé par 74 organismes et 766 personnes: médecins, avocats, professeurs d’université, députés, professionnels du secteur psycho-médico-social, et citoyen.

Population à hauts risques

On manque pourtant de «données épidémiologiques qualitatives et quantitatives» sur les détenus, concèdent les signataires. Mais on sait que la population carcérale est à hauts risques de consommation de substances psychotropes. Que les taux de prévalence des virus du sida et de l’hépatite C sont «significativement supérieurs» en milieu carcéral, par rapport à l’air libre. Il en va de même pour la tuberculose, le taux de suicide, et les troubles de santé mentale.

L’inaction du ministère de la Justice à l’égard des malades mentaux en prison a été telle que la Belgique a été condamnée à une dizaine de reprises, en 2013 et 2014, par la Cour européenne des Droits de l’homme, rappelle Juliette Moreau. Pour «détention inhumaine et dégradante».

Rien d’étonnant à cela, puisque, tout au long de la législature qui s’achève, la Justice a été considérée «comme un bien de consommation», stigmatise la représentante de l’OIP.

D’où l’appel de la CAPB au prochain gouvernement «à prendre ses responsabilités et à garantir les soins de santé en milieu carcéral», plaide Vinciane Saliez.

D’abord en transférant les compétences des soins de santé des détenus de la Justice aux services publics fédéraux (SPF) Santé publique et sécurité sociale.

En plaçant ensuite les soins de santé «sous la responsabilité de l’autorité sanitaire, et en les rendant indépendants de l’autorité pénitentiaire». Il n’y a pas là «d’opposition, mais de complémentarité de deux compétences distinctes: Santé et Justice».

Enfin en réintroduisant les détenus dans le système de Sécurité sociale.

«La santé en prison doit faire partie des efforts nationaux prioritaires en matière de Santé», conclut-elle. Message direct aux futurs élus.

Les idées d’extrême droite ont percolé

 

«Zéro pointé» pour la ministre de la Justice «qu’on espère ne plus revoir en septembre»: Alex Deswaef est impitoyable pour Annemie Turtelboom (Open Vld) et son «populisme pénal». 

Elle a été soutenue par le gouvernement, lui objecte-t-on. Et puis, en Flandre, la demande sécuritaire est très forte, et certaines décisions pouvaient donc être attendues…

«Ce qui est inquiétant, c’est le récent appel à la délation du procureur du roi d’Anvers. Et aussi la suggestion du procureur général anversois, Yves Liégeois, de prélever l’ADN de tout nouveau-né, ou de tout étranger arrivant chez nous», ajoute le président de la Ligue des Droits de l’homme. «Ces propositions étaient jadis celles du Vlaams Belang qu’un cordon sanitaire a tenu à l’écart du pouvoir. Mais aucun cordon sanitaire n’a empêché ses idées de percoler».