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Concurrence déloyale pour les petits brasseurs? «Faire brasser par d'autres: une arnaque»

Concurrence déloyale pour les petits brasseurs? «Faire brasser par d'autres: une arnaque»

Les «vrais» brasseurs veulent dénoncer une concurrence déloyale. Florent MAROT

Les brasseurs artisanaux s'inquiètent. Pour eux, de «faux brasseurs» utilisent le terme «brasserie» alors qu'ils commandent leur bière «à façon», sans la produire eux-mêmes. Ils visent les géants de l'industrie, mais aussi des entrepreneurs tendance qui remplacent selon eux l'expertise brassicole par le marketing. Certains répondent...

Une quinzaine de petits brasseurs artisanaux s’inquiètent de l’importance prise par quelques acteurs du secteur brassicole qui ne disposent pas d’installations de brassage et font brasser leur bière par d’autres. Ces «vrais» brasseurs, parmi lesquels Brasserie de la Senne, Cantillon, Brasserie de Bastogne, Brunehaut, Gueuzerie Tilquin, Jandrain-Jandrenouille, Rulles, Brasserie Saint-Monon, Cazeau ou Les 3 Fourquets, regrettent que le parcours de ces sociétés ne soit guidé que par la seule motivation commerciale.

«Le phénomène n’est certes pas nouveau (...) mais il prend depuis peu une ampleur nouvelle, la manipulation des gens via les médias étant portée à une échelle jusqu’ici inédite. On peut considérer qu’il s’agit d’une véritable arnaque aux consommateurs, à laquelle devraient en principe s’attaquer les associations qui sont censées défendre leurs droits», dénoncent cette quinzaine de petits brasseurs issus de toute la Belgique. Qui dénoncent aussi bien l'investissement par un «millionnaire blasé» que des procédés comme le crowdfunding sur le dos d'amateurs «crédules».

 

1% de bières à façon

 

Pour eux, il s’agit de concurrence déloyale comme l’explique le brasseur alostois Jef Van den Steen. «Ces sociétés ne peuvent pas faire croire qu’elles brassent elles-mêmes. On tombe alors dans la concurrence déloyale, car nous devons investir dans nos installations et satisfaire à des exigences toujours plus strictes, alors que ces faiseurs de fric et marketingboys peuvent investir dans la vente et le marketing.»

Les petits brasseurs craignent même que ce genre de pratique ne mette en péril «la bière belge et sa réputation». Sven Gatz, directeur de la Fédération des Brasseurs belges, tempère. «Notre culture brassicole n’est pas en danger. La proportion de bières produites de la sorte est inférieure à 1% du total de bières brassées en Belgique.» Pour le patron de la fédération, «le modèle brassicole belge est un et indivisible».

Dans un communiqué diffusé mercredi, les brasseurs en colère, ainsi que «tous les brasseurs authentiques», appellent les institutions et hommes politiques concernés à mettre sur pied une législation qui protégera efficacement la profession. Ils réclament une obligation de transparence, «se matérialisant au minimum par une mention claire sur chaque étiquette, de la brasserie qui a réellement fabriqué le contenu de la bouteille».

 

Mentionner clairement le lieu de brassage?

 

Ils estiment également que le terme "brasserie" ne pourrait être utilisé que par «des entreprises de fabrication et vente de bière qui possèdent en propre leur équipement de brassage et y fabriquent l’entièreté de leur production».

Une doléance à laquelle adhèrent les responsables du Brussels Beer Project, qui se sont probablement sentis visés par ces attaques récentes. «Nous soutenons vivement les deux propositions: mentionner le lieu de brassage sur l’étiquette et contrôler le terme "brasserie"», affirment Sébastien Morvan et Olivier de Brauwere. Ces derniers rappellent que si leurs bières sont actuellement produites dans une brasserie limbourgeoise spécialisée dans les brassins pour des tiers, ils ont «toujours été clairs sur la volonté de Beer Project d’installer une nouvelle microbrasserie à Bruxelles.»

Les voix des géants du secteur, des petits acteurs et des futurs "vrais" brasseurs ne semblent donc pas si dissonantes. A la fédération, on indique qu’une «mention claire et nette» du lieu de brassage «ne gênerait personne». Reste à connaître les intentions des "sociétés de brasseries", dans le collimateur des petits brasseurs. Seul un tiers de ces sociétés environ aurait comme objectif clair de fonder une brasserie. Le courroux des brasseurs authentiques ne sera apaisé que lorsqu’ils verront «les entreprises qui n’ont de brasserie que le nom» contraintes à une transparence totale.

Aucune obligation n’existe en la matière à l’heure actuelle et pour que les choses changent il faudra d’abord vérifier si le consommateur est bel et bien dupé. «Or, l’absence d’information ne constitue pas une tromperie», indique-t-on au SPF Économie.