ENVIRONNEMENT

La salamandre va sans doute disparaître

La salamandre va sans doute disparaître

La salamandre tachetée est bien implantée dans plusieurs zones de Wallonie. Pour combien de temps encore? Bene - Fotolia

Une mycose foudroyante dévore les salamandres. Et le mal s’étend sans que rien ne puisse l’arrêter. L’espèce est menacée.

L’extinction est en cours. Le Batrachochytrium salamandrivorans, un champignon dévoreur de salamandre est bel et bien actif en Wallonie et rien ne pourra sans doute l’arrêter…

«Il progresse de quelques dizaines de kilomètres chaque année, il n’y a rien à faire et la mortalité qu’il provoque est proche de 100% », indique Philippe Funcken, directeur général de Natagora. C’est l’association de protection de la nature qui avait été une des premières à tirer la sonnette d’alarme. Qui a résonné jusqu’au parlement wallon où la députée écolo Bénédicte Linard a interpellé le ministre Di Antonio (cdH) sur la question. Un ministre de la Nature qui a confirmé que nos salamandres sont bien la cible de cette nouvelle agression fongique. Tout en précisant que des mesures pour éviter la dispersion de ce champignon mortel «sont illusoires»…

Il faut dire que l’agressivité dévorante de Batrachochytrium salamandrivorans est bien connue. Depuis 2010, il a déjà rayé de la carte 96% des salamandres des Pays-Bas! Et c’est d’ailleurs par là qu’il est entré dans notre pays. Le premier cas wallon a été découvert à Eupen en décembre 2013. D’autres cadavres de salamandres infectées par ce champignon ont ensuite été découverts près de Robertville et des cas de mortalité non-expliquée dans la vallée de la Lesse, à Val Dieu et en région liégeoise ont aujourd’hui une résonance suspecte.

Barrage de Robertville: un tiers de la population infectée

Le mois dernier, An Martel et Frank Pasmans, chercheurs à l’université de Gand qui étudient cette mycose avec des scientifiques néerlandais et anglais, ont identifié une seconde population infectée près du barrage de Robertville. Des dizaines de salamandres mortes y ont été découvertes et il est apparu qu’un tiers des animaux encore vivants à cet endroit étaient infectés. Le mal s’étend donc.

Un mal particulièrement virulent. Transmis par contacts entre batraciens ou dans l’eau, le champignon agit comme une moisissure qui s’incruste dans la peau et la ronge, conduisant rapidement à la mort par étouffement de ces batraciens qui respirent aussi via leur enveloppe corporelle.

En l’état des connaissances actuelles encore très faibles sur cette mycose, il semble qu’elle ne touche pas les autres batraciens. Mais ce n’est peut-être qu’une question de temps et de mutation.

Ainsi, en Amérique du sud et centrale, un champignon cousin de celui qui dévore nos salamandres, le Batrachochytrium dendrobatidis, sévit depuis la fin des années 90. Et là, il est responsable du déclin et de la disparition de plus de 200 espèces. Dans certaines régions d’Amérique centrale, plus de 40% des espèces d’amphibiens ont disparu!

La salamandre wallonne risque d’être bientôt sur cette triste liste.