SANTE

Soins de santé: et si on salariait les médecins?

Soins de santé: et si on salariait les médecins?

La surconsommation des médicaments et les progrès de la recherche, notamment, pourraient mettre à mal notre système santé basés sur la solidarité. Philippe luc

La surconsommation des médicaments et les progrès de la recherche, notamment, pourraient mettre à mal notre système santé basés sur la solidarité. Que faire?? Mieux prioriser le remboursements? Renforcer les contrôles?? Ou, peut-être, salarier les médecins... Une piste qui existe déjà: les maisons médicales sortent du système de ticket modérateur: salaire fixe pour le médecin, soins gratuits pour le patient.

Aller chez le médecin sans portefeuille, c’est possible depuis 1981 grâce au système forfaitaire. Il est essentiellement pratiqué en maisons médicales. 80% d’entre elles ont opté pour cette formule.

+ Constats, analyses, éditos… Dans L'Avenir de ce samedi 26 avril, cinq pages sur notre système de santé, à lire ici (tablettes et journal en PDF). En conclusion : le point de vue des candidats aux élections.

Comment c’est financé?

80% des rentrées des maisons médicales au forfait viennent directement de l’INAMI, qui paie une somme fixe par patient, par mois. 0,5% proviennent des actes posés par les médecins et remboursés, entre 3 et 6% proviennent de subsides régionaux et entre 2 et 10% proviennent des emplois subventionnés.

Les écarts salariaux dans les maisons médicales ne sont pas énormes entre les plus petits et les plus grands salaires.

Le médecin s’y retrouve

L’inconvénient pour le médecin, c’est que son salaire horaire est fixe, et donc limités.. mais qui dit fixe dit aussi «assuré». Les horaires sont réguliers (permettant des carrières à temps partiel): les gardes et visites sont réparties au sein de l’équipe. L’équipe est un élément important, car il y a un dialogue, entre les médecins et avec les professions représentées dans la maison de santé (kiné, infirmière, assistant social…) qui permet d’affiner les diagnostics et améliorer la prévention.

Et enfin, les médecins des maisons médicales apprécient le fait de pouvoir prendre le temps avec leur patient, et instaurer une relation de confiance. Le médecin solo peut le faire aussi, bien sûr, mais le système (impôts, lois sociales, matériel à amortir…) le place parfois entre le marteau et l’enclume: le rendement et l’humain.

Côté patient: nécessaire fidélité

Pour devenir patient dans une maison médicale, il faut être en ordre de mutuelle et surtout être accepté, car l’offre est inférieure à la demande. La contrainte pour le patient est ensuite de rester fidèle à sa maison médicale. S’il consultait un autre généraliste, il devrait payer le prix plein, sans la moindre intervention de l’INAMI.

On pourrait croire que le patient qui ne débourse pas de tiers payant consulte davantage. «On voit quelques patients qui testent la formule au début, comme pour se rassurer, constate Isabelle Heymans, secrétaire générale de la fédération des maisons médicales. . Mais ça ne dure pas longtemps: ils ont autre chose à faire

Par contre, les statistiques montrent que les populations précaires (Vipo, etc.), qui reportent les soins dans un système de médecine traditionnelle et de tiers payant consultent plus dans le système forfaitaire, dans des proportions semblables à la population des classes moyennes.

Un système forfaitaire évacue la question polémique «est-ce que le médecin m’a fixé cette visite de contrôle ou parce que j’en ai réellement besoin?» Il évite aussi de faire des stocks d’ordonnances, «au cas où»… Et les statiques montrent que les médecins des maisons médicales ont tendance à prescrire moins. Il pourra par exemple suivre le malade tout au long de son angine, sans devoir jongler avec une ordonnance d’antibiotiques, à prendre dans trois jours «si ça ne va pas mieux».

Et enfin, le travail de prévention réalisé dans les maisons médicales paie: on retrouve moins les patients des maisons médicales dans les hôpitaux que des patients dits normaux.