Le lit de la N-VA

Reporters

La N-VA, tout le monde veut en faire le lit. Du moins, si on s’en réfère aux propos des leaders charismatiques des partis francophones.

Pas plus tard que ce week-end, c’est Elio Di Rupo qui caricaturait, dans un de ses discours, le MR en dragueur de la N-VA. Hier, c’est Olivier Maingain qui s’emportait en accusant le PS et le MR d’amplifier, par la bande, les succès du parti de Bart De Wever. Les nationalistes flamands restent au centre de la rhétorique électorale des partis francophones. La N-VA y tient un rôle d’ennemi évident. Ennemi de la Belgique, ennemi des francophones. Dès lors, plusieurs partis du sud du pays s’ingénient à essayer de faire croire que son ou ses adversaires en Wallonie-Bruxelles sont en passe d’endosser un autre rôle, celui de Judas. Le procédé est grossier jouant sur le mode «Oseriez vous voter pour un traître?»

Il faut un peu raison garder. La N-VA n’a plus vraiment besoin d’un larbin francophone pour faire son lit. Les partis flamands s’en sont bien occupés tout seul. Tout d’abord le CD&V en lançant un cartel avec la N-VA dont la rupture à la veille des élections régionales de 2009 a donné une dimension politique incroyable à Bart De Wever. Ensuite, le monde politique, dans son ensemble, a manqué de nuance et d’intelligence. Il a laissé le parti nationaliste s’incruster non seulement dans le cœur de l’électorat, mais aussi dans les structures de l’État, dans les moindres recoins de la société. Le lit de la N-VA est donc bel et bien fait, un lit douillet doté d’un bon matelas gonfl é de 33% d’intentions de votes dans tous les sondages.

Alors, aujourd’hui, il est un peu risible de voir les présidents de partis francophones discourir sur ce phénomène qui les dépasse. L’épouvantail qu’ils façonnent avec la N-VA ne semble destiné qu’à «animer la campagne». Reste à voir si l’électeur wallon est réceptif à ce jeu-là, lui qui voudrait surtout avoir des réponses concrètes en matière d’emploi, d’économie, de santé…

S’il y a une responsabilité à trouver dans l’irrésistible ascension de la N-VA, elle est collective. Pointer du doigt l’un ou l’autre adversaire politique pour s’en dédouaner n’est qu’un des éléments surfaits de la bataille d’oreillers électorale qui est en train de se dérouler..