MUSIQUE

Cécile McLorin Salvant, la nouvelle voix

Cécile McLorin Salvant, la nouvelle voix

Cécile McLorin Salvant croule sous les compliments de ses pairs. Ses sources: Sarah Vaughan, particulièrement.

Cécile McLorin Salvant, Franco-Américaine, est la révélation vocale de ces derniers mois. Elle sera à Liège le 9 mai au Mithra Jazz. Rencontre.

Depuis son premier prix lors de la compétition Thelonious Monk, le plus important concours américain réservé au jazz, Cécile McLorin Salvant croule sous les compliments de ses désormais pairs: invitée par Jacky Terrasson, Archie Shepp, Wynton Marsalis et le Lincoln Center Orchestra, on la cite comme l’héritière de Sarah Vaughan, Ella Fitzgerald et Billie Holiday, ni plus ni moins.

Sa venue au prochain Mithra Jazz à Liège provoque dès lors la curiosité. Présentation d’une nouvelle voix qui garde la tête sur les épaules.

Cécile McLorin Salvant, quelles sont les chanteuses que vous avez écoutées?

Toutes les chanteuses de jazz que j’écoutais quand j’étais petite font aujourd’hui partie de moi, Sarah Vaughan particulièrement. Mon album est aussi le reflet des influences que j’ai eues quand je suis arrivée en France: j’ai commencé à étudier le jazz avec Jean-François Bonnel, et c’est à ce moment que j’ai commencé à écouter Billie Holiday, Abbey Lincoln.

Vos origines haïtiennes de par votre père sont aussi clairement marquées dans votre album.

Malheureusement je ne parle pas créole parce que j’ai vécu très peu en Haïti; mais je voulais trouver un moyen de me rapprocher un peu plus de cette culture: j’ai découvert alors des poètes et poétesses haïtiens et le poème d’Ida Faubert m’a tellement touché que j’ai voulu le mettre en musique et le partager avec le plus de personnes possible.

Alors que beaucoup de chanteuses jouent sur le versant pop ou folk du répertoire jazz, vous vous concentrez entièrement sur les sources.

C’est une volonté assumée, c’est la musique que j’aime. C’est séduisant de partir dans des choses pop, hip-hop, folk et de mélanger tout ça, mais moi j’ai voulu chanter ce que je sentais être proche pour moi, authentique. Le jazz est déjà une musique de fusion en soi, avec plein de force et d’influences. J’écoute des blues de Bessie Smith ou de Big Bill Bronzy. Pour cet album, je voulais trouver une façon de chanter un jazz qui vient à la fois du club, du trio piano-basse-batterie, mais aussi de faire quelque chose de plus country, plus rural.

On sent dans chaque morceau le souci de dramatiser le texte.

Depuis que je suis petite, j’aime jouer au théâtre. Pendant ma formation classique, on apprenait à jouer, à comprendre les paroles, à prendre la mesure des mots; en chant lyrique, quand j’avais du mal avec une chanson, je compensais avec le jeu. En France, comme je chantais devant un public qui ne comprenait pas nécessairement les paroles, c’était aussi important d’exprimer le sens de la chanson autrement que par les paroles: par les inflexions, le visage, mon corps, je trouve un moyen d’exprimer l’histoire d’une chanson; c’est une chance de pratiquer un instrument qui a des paroles.