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«Scandale» dans l’accueil des handicapés français en Belgique: inspection au home de Celles

L’Agence wallonne pour l’intégration des personnes handicapées a mené vendredi une inspection au home «Les Boutons d’or » de Celles, qui a fait la Une de Libération pour le traitement des personnes handicapées françaises qui y sont hébergées.

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Ce home peut accueillir 435 personnes, et héberge une quarantaine de Français. Certains pensionnaires sont lourdement handicapés et présentent des troubles graves du comportement. Ils proviennent parfois d’institutions psychiatriques, a commenté Eliane Tillieux (PS), interrogée en séance plénière du parlement wallon par Savine Moucheron (cdH).

Cela nécessite des aménagements comme le retrait d’objets blessants ou contondants, étant donné que certains pensionnaires s’automutilent, ce qui peut expliquer le dépouillement des pièces illustrées dans Libération.

Un «travail de cœur difficile »

La ministre a souligné le difficile «travail du cœur » mené par les employés. Elle souhaite donc prendre le temps dévaluer la situation sur base du rapport d’inspection attendu.

Elle a par ailleurs vivement critiqué le développement «inacceptable » d’un secteur commercial, lucratif, avec l’aide de fonds publics. «Actuellement, les instances européennes ne permettent pas encore d’enrayer » ce phénomène, a-t-elle déploré, se référant à la directive Services.

Un accord-cadre entre la Belgique et la France

Un accord-cadre longuement négocié entre la Belgique et la France est entré en vigueur le mois dernier. Il instaure une coopération visant à un meilleur accompagnement et à une prise en charge de qualité des personnes handicapées.

Eliane Tillieux, qui a pris contact ce matin avec son homologue française, la secrétaire d’État Ségolène Neuville, compte mettre en œuvre rapidement des inspections conjointes avec les autorités du Pas-de-Calais (France), sur base de cet accord.

En janvier dernier, elle avait indiqué que sur les 137 institutions wallonnes qui accueillent des Français, seuls cinq dossiers problématiques étaient recensés.

Le nombre des personnes handicapées françaises présentes dans les établissements wallons est estimé à 6.600. Il s’agit principalement de personnes autistes et polyhandicapées.

Les résidents sont pris en charge financièrement par les autorités françaises. Leurs places ne sont pas subventionnées par l’AWIPH et elles n’empiètent donc pas sur le nombre total de places subventionnées pour les résidents belges, selon le gouvernement wallon.

Ces enfants et adultes sont essentiellement originaires du nord de la France. Leur prise en charge en Wallonie génère plusieurs milliers d’emplois.

Le personnel des "Boutons d'Or" blessé suite à l'article de Libération

 

Le personnel du foyer d'accueil "Les Boutons d'or" s'est dit "blessé" suite à l'article de Libération. 

Selon le personnel du foyer, la journaliste de Libération a suivi sans avoir reçu la moindre autorisation, à l'insu du personnel et à l'insu du résident, le cas d'une autiste qui est un cas très particulier. "Cet article est très dur à digérer pour cette équipe formidable car il ne reflète en aucun cas la réalité", a commenté amèrement Benoît Duplat, administrateur de la société Le Carrosse, qui gère le home "Les Boutons d'or". "La patiente dont parle la journaliste est une personne autiste, dans un état de déficience mentale importante, caractérisée chez elle par une angoisse à l'égard de tout relief et par conséquent une tendance permanente à dégrader sa chambre".

Une visite sur les lieux a permis de confirmer cette réalité. "Nous sommes les seuls à avoir accepté de prendre en charge ce cas et nous travaillons d'ailleurs avec un hôpital de Niort pour essayer de trouver des solutions afin d'encadrer au mieux cette jeune femme qui, hélas, a tendance à tout démolir et déchirer, même son lit et ses vêtement, car elle n'accepte que des choses lisses autour d'elle", explique un éducateur du foyer. "Mais cet article nous blesse car il ne reflète en aucun cas la réalité. Pour nous, c'est un vrai défi d'accompagner cette jeune femme qui n'accepte que de dormir sur un tatami, voire parfois sur un canapé".

Enfin, si certaines photos ont pu choquer, c'est aussi parce que le bâtiment subit actuellement de gros travaux de rénovation, souligne-t-on encore.