ÉNERGIE

Energies durables : 50 milliards pour assurer la transition

Energies durables : 50 milliards pour assurer la transition

On parle beaucoup du coût du renouvelable, mais les 2/3 des subsides vont aux autres énergies selon Eneco et WWF. Jacques PALUT - Fotolia

Si on consacre aux énergies durables et aux économies 50 milliards, soit autant que ce qu’on a fait pour le charbon et le nucléaire, la transition est possible.

À peine 6% des subventions accordées par les pouvoirs publics pour l’énergie ont été dédiés aux économies d’énergie. C’est un des chiffres marquants qui ressort d’une étude commandée par le WWF et Eneco, producteur d’électricité éolienne et solaire. Les chiffres sont arrêtés en 2010, faute de données plus récentes. «Mais nous sommes presque certains que ces 6% ont encore été diminués depuis lors, le gouvernement Di Rupo ayant supprimé les déductions fiscales liées à ces économies d’énergie», explique Jan Vandermosten, expert pour l’association de défense de la nature.

«Tout le monde affirme que l’efficacité énergétique est importante, mais cela ne se reflète pas dans les chiffres, quand on compare aux subsides qui vont encore au gaz et au pétrole.»

58% pour le gaz et le pétrole

De fait, selon les chiffres présentés, 23% des subsides au secteur énergétique allaient au nucléaire en 2010, la même part aux énergies renouvelables et… 58% aux énergies fossiles (gaz et pétrole), sous la forme de réductions d’accises pour certains transports, industries, ou sur le mazout de chauffage (5 milliards de litres).

De 1950 à 2013, comptabilise l’étude réalisée par le bureau 3E, 44 milliards d’euros publics ont été consacrés à la production d’électricité via des sources traditionnelles (charbon d’abord, nucléaire ensuite). À cause de la rente nucléaire (les profits enregistrés sur des centrales amorties anticipativement), le montant atteindra 50 milliards d’euros en 2025.

50 milliards: c’est exactement le montant que le WWF et Eneco aimeraient voir consacrer au développement des énergies durables entre 2002 (premiers soutiens) et 2 050. Pour en arriver, dès 2030, à produire 48 Tw de renouvelable, l’équivalent de ce qui est fourni actuellement par le nucléaire. La transition vers une énergie moins risquée est possible, à ce prix.

«Ça suffit, il faut agir»

Investir dans les énergies renouvelables garantira la sécurité énergétique du pays et peut «fournir jusqu’à 32 500 emplois directs» en 2030, affirment les CEO des deux entités, Damien Vincent (WWF) et Christophe Degrez (Eneco). «Avec le renouvelable, on parle toujours de coûts mais jamais des bénéfices qui en découlent»,explique ce dernier. «On n’a plus de temps à perdre. Ça suffit de tourner autour du pot, il faut faire des choixpolitiques.» Tant au niveau fédéral que régional, mais aussi en incitant les villes et communes à s’y mettre.

Divers scénarios sont proposés pour une «vision à long terme». Le premier propose… de multiplier par quatre les droits d’accises sur le carburant domestique. Ce qui ferait gonfler la facture mazout de 8,8%. Pas de quoi réjouir les ménages, pour qui le coup de bambou énergétique devient de plus en plus lourd!

Isoler 200 000 foyers

Délicat, électoralement parlant, aussi. Mais, en retour, les 300 millions d’euros qui reviendraient à l’État permettraient, avec une intervention de 50%, d’isoler 118 000 logements des ménages les plus fragilisés.

Peut s’y ajouter, scénario 2, la récupération intégrale de la rente nucléaire d’ici 2025, soit 6,8 milliards. Cela permettrait de dégager 29% des 23,3 milliards nécessaires au soutien des énergies renouvelables, tout en maintenant le coût du soutien actuel (720€ par ménage et par an). Pas sûr qu’Electrabel soit ravi de voir son concurrent Eneco lui demander de lâcher le pactole. Mais cela permettrait, en consacrant 165 millions supplémentaires à l’efficacité énergétique, de rénover un total de 206 000 logements. Soit la population belge actuellement en situation de précarité énergétique.