ECONOMIE

Awex : « Pour booster l’économie, il faut abaisser les charges patronales »

Awex : « Pour booster l’économie, il faut abaisser les charges patronales »

Philippe Suinen : « La crise s'est avant tout dans la tête. » BELGA

Philippe Suinen, patronde l’Awex, va raccrocher en juin. Satisfaitde son bilan, il estime cependant qu’il faut encore doper l’attractivité wallonne.

Philippe Suinen, vous êtes à la tête de l’Agence Wallonne pour l’Exportation depuis 1998. Vous quitterez votre poste en juin. Vous estimez qu’aujourd’hui notre Région a su se placer correctement sur le marché mondial?

On est en très bien situé. Les chiffres de croissance de nos exportations le prouvent. En moyenne, on est a plus de 6% annuellement. Ça nous place juste derrière l’Allemagne et les Pays-Bas mais au-dessus de la Flandre ou de la France, qui sont nos principaux concurrents. Autre indice: les pôles de compétitivité, choisis parce qu’ils représentaient ce que nous faisions de mieux au niveau mondial, représentent 75% de nos exportations actuellement.

Ça veut dire que le Plan Marshall a fonctionné?

Selon moi, oui.

Certains estiment que la Wallonie plus performante que la Flandre, c’est tronqué parce que notre Région venait de presque rien. Finalement, ça ne correspondrait pas à la réalité. Vous en pensez quoi?

N’allez jamais dire à un ingénieur des ACEC que la Wallonie ce n’était rien! On a toujours exporté pas mal. Dans les chiffres, la Flandre exporte effectivement plus. Mais la différence c’est que nous exportons des produits à plus forte valeur ajoutée… qui transitent par les ports. Et la Flandre compte ses produits dans ses exportations…

La haute valeur ajoutée de nos produits, c’est ça qui va sauver la Wallonie?

Oui. Et c’est là l’intelligence et le génie du Plan Marshall. On se concentre sur ce qu’on sait faire de mieux. Et on a toujours une longueur d’avance grâce à la recherche et au développement. Marshall, beaucoup nous l’envient à travers le monde. L’enjeu à l’avenir, c’est de sanctuariser le liant qui existe entre les différents pôles de compétitivité. C’est de l’interdisciplinarité que naît la créativité. Il fallait pérenniser. Rien n’est pire qu’un gouvernement qui change de couleur et qui veut changer de système juste pour montrer qu’il fait différemment.

C’est une crainte?

Non. Horizon 2022, devenu Plan Marshall 2022, a scellé tout ça. Bon, l’idéal eût été un pacte préalable entre toutes les formations francophones… Mais l’esprit est là. Je n’ai jamais entendu le MR, par exemple, remettre en cause les fondements du Plan Marshall.

Les entreprises wallonnes qui exportent sont donc devenues références au niveau mondial?

Oui. mais il faut garder une attention particulière aux coûts de production…

Ça reste notre principal handicap?

Je ne dis pas que c’est un handicap, mais il faut être vigilant et avoir un système de correction automatique si on s’écarte de nos concurrents en la matière. Il y a eu une prise de conscience, d’audace de la part de tous, des actes symboliques. On a émancipé les entreprises, on leur a donné les outils de leur propre gouvernance. Mais pour passer à l’échelon supérieur, être au top, il faut avoir le courage de favoriser l’emploi en évitant les charges trop lourdes pour les entreprises. Il faut avoir le courage d’y travailler. Ce sera peut-être dur un an ou deux. Mais après, il y aura un effet retour. Il y aura plus d’activités parce que le cadre entreprenarial sera plus porteur et favorable. Cela dit, je pense qu’une une fois que le manichéisme électoral retombé, on ne sera plus dans des dogmes qui s’affrontent mais dans un seul: celui de l’emploi. Le consensus politique sur la question est là. Enfin je l’espère.