CYCLISME

La Doyenne cannibalisée par Eddy Merckx

La Doyenne cannibalisée par Eddy Merckx

Eddy Merckx, en 1969, remporte sa première Doyenne avec son équipier Van Schil et huit minutes d’avance. Guy Crasset

Battu par Godefroot en 1967, Eddy Merckx remporta ensuite cinq fois Liège-Bastogne-Liège, et de toutes les façons.

Quand on s’impose cinq fois à Liège-Bastogne-Liège, on entre de plein pied dans l’histoire. Un seul coureur, Eddy Merckx pour ne pas le citer, a réalisé cette prouesse. Les années Merckx s’étalent sur une décennie, de 1967, date de la première participation d’Eddy à la Doyenne, à 1977, année de la dernière apparition du Cannibale à Liège-Bastogne-Liège. Il termina sa dernière Doyenne à la sixième place, alors que Bernard Hinault s’y imposait pour la première fois.

Walter Godefroot, «vainqueur perdant»

En 1967, nous sommes le 1er mai, la presse n’a d’yeux que pour Eddy Merckx qui prend le départ de son premier Liège-Bastogne-Liège, d’autant qu’il compte déjà trois classiques à son compteur, un 2e Milan-San Remo, la Flèche Wallonne et Gand-Wevelgem. Autant écrire que Godefroot se sent déprécié, alors qu’il faisait partie de l’attaque dans cette Doyenne, en compagnie de Merckx.

«Mon directeur sportif m’avait averti que l’arrivée ne se ferait pas sur la piste en béton de Rocourt, trop dangereuse avec la pluie et la neige, mais sur celle en cendrée. Merckx et moi avons pénétré en tête dans le tunnel d’accès, raconte Walter. J’en suis sorti en tête et Eddy n’a pas réussi à me remonter. Après coup, j’ai appris qu’il n’était pas au courant du changement de configuration de l’arrivée. Le lendemain, la presse a cruellement manqué d’objectivité dans ses commentaires. En manchette, elle signalait que Merckx avait été surpris par une arrivée modifiée et, en plus petits caractères, on signalait que j’avais gagné la Doyenne.»

En 1968, la Doyenne fut remportée par Van Sweevelt, alors qu’Eddy, en 1969, s’imposa avec plus de 8 minutes d’avance sur Barry Hoban, classé troisième, ou premier d’un groupe qui comprenait notamment Éric Leman, Roger Swerts, Frans Verbeeck et Felice Gimondi. Ce 22 avril-là, Merckx a surtout placé le cyclisme à un niveau presque scientifique. «Je vais leur montrer qui est réellement Eddy Merckx, avait-il lancé la veille du départ. J’avais établi un plan de course qui a marché au-delà de toute espérance, répète ensuite Eddy. J’avais demandé à mes équipiers de rouler en tête de la course dès le début et de contrer toutes les tentatives d’échappée. » C’est aussi limpide que cela. Mais pourquoi avoir attaqué aussi tôt? «Je n’avais pas prévu d’endroit précis, ajoute Merckx, mais j’avais senti que cela devenait plus difficile pour mes adversaires dès Wanne.»

L’hommage à Pintens

En 1971, Eddy Merckx ne sait pas encore que cette deuxième victoire dans la Doyenne est le début de trois succès consécutifs que seul Léon Houa a réalisé avant lui, et que Moreno Argentin réussira plus tard, lui aussi.

«J’ai un peu péché par excès de confiance en attaquant dans Annette et Lubin, à plus de cent kilomètres de l’arrivée, avouera Eddy. Mon avance se chiffrait à sept ou huit minutes lorsque j’ai été pris de crampes. Pintens s’était dégagé du groupe de chasse. Informé de son retour, je l’ai attendu. Je savais n’avoir rien à gagner en poursuivant seul. En, revanche, en levant le pied, Georges pouvait avoir l’impression que j’étais à l’arrêt. De fait, une fois la jonction effectuée, Georges a tenté le coup directement, mais je suis parvenu à rester au contact. Je suis donc resté dans sa roue pour le devancer au sprint sur la piste de Rocourt, où il n’avait pas l’ombre d’une chance vu son manque d’expérience. Mais Georges avait un sacré potentiel. Plus tard, il a travaillé à mon usine de vélos.»