ÉLECTIONS -

Salaire net pour les ouvriers et une taxe sur la construction pour compenser

Salaire net pour les ouvriers et une taxe sur la construction pour compenser

Payer le salaire des ouvriers uniquement en net pour déjouer la concurrence déloyale? EdA - Jacques Duchateau

Le secteur de la construction souffre de plus en plus du dumping social. Le patron de la Confédération de la Construction de Namur propose une solution «simple et radicale»: payer les ouvriers en net et instaurer une taxe sur la réalisation du chantier.

Notre sujet sur le secteur de la construction dans le cadre de la série élections publiée depuis le début de cette semaine ne l’a pas laissé insensible. Jean-Louis Humblet, administrateur de la Confédération de la Construction Wallonne (CCW) et ancien président de la CCW de Namur, a particulièrement retenu les déclarations de Laurent Praillet, notre “témoin”, concernant le dumping social provoqué par l’utilisation à bas prix d’une main-d’œuvre étrangère sur les chantiers de construction.

À la tête d’une entreprise de peinture en bâtiment à Nannine qui occupe une cinquantaine d’ouvriers, c’est une situation à laquelle il est également confronté tous les jours. Et les réponses proposées par les politiques ne le satisfont pas.

«Des mesurettes inefficaces», dit-il. Lui, il propose «une mesure simple et radicale».

Les charges sociales transformées en taxe pour tous

Le problème du dumping social, réside dans le contournement de la directive européenne sur le détachement des travailleurs étrangers. Celle-ci prévoit que l’ouvrier étranger soit payé en vertu de la législation sociale du pays où il est employé. Mais des entreprises belges n’hésitent pas à recruter des «indépendants» polonais, roumains, espagnols ou autres qui facturent leur travail au rabais. Un maçon roumain est alors sans concurrence face à un maçon belge qui gagne +-2 000€ nets par mois mais coûte en réalité le triple avec les charges sociales.

La solution de Jean-Louis Humblet? Supprimer intégralement ces charges sociales pour payer uniquement un salaire net aux ouvriers de la construction.

En revanche, l’entreprise serait redevable d’une taxe sur le chantier, la construction, la rénovation,… réalisé. Pour chaque chantier, la taxe serait établie sur base des factures ou d’une estimation des travaux établie par les services de l’inspection des lois sociales par exemple.

Ce système, qui aurait aussi l’avantage de simplifier le calcul des salaires, équivaudrait en quelque sorte en un transfert des charges sociales qui pèsent sur le travail vers le résultat de ce travail. Il aurait ainsi l’avantage d’équilibrer la concurrence entre salaires belge et étranger, sans pénaliser la sécurité sociale et le système des pensions, juge-t-il.

«Car les entreprises étrangères qui viennent travailler ici devraient aussi payer cette taxe sur le travail réalisé et seraient ainsi sur un pied d’égalité avec les entreprises belges», note Jean-Louis Humblet.

«La main-d’œuvre étrangère arrange bien les grosses entreprises»

Le patron namurois explique avoir déjà fait cette proposition à la CCW et à la Confédération nationale de la Construction il y a un an. Elle n’est visiblement pas passée puisque l’idée n’a pas été relayée dans le mémorandum du secteur.

«Je l’ai encore exposée il y a une quinzaine de jours devant des patrons d’entreprises au Cercle de Wallonie, dit-il. On m’a dit qu’il y aurait sans doute des écueils à franchir mais sans me dire lesquels. Je veux bien admettre que mon idée n’est pas parfaite, mais j’attends toujours qu’on me communique ce qui ne va pas.»

En fait, Jean-Louis Humblet pense que les réticences viennent du secteur lui-même. Et particulièrement des toutes grosses entreprises de la construction.

«Ils n’en veulent pas car ils sont les premiers à profiter de cette main-d’œuvre étrangère à bon marché qui les arrange bien, dit-il. Avec mon système, ils ne pourraient plus faire des immeubles à bon marché sur le dos des Polonais!»