BANGLADESH

Rana Plaza : de petites évolutions

Rana Plaza : de petites évolutions

Le 24 avril 2013, le Rana Plaza, un immeuble de 9 étages, s’effondrait, tuant 1 138 travailleurs du textile. AFP

24 avril 2013: le Rana Plaza s’effondre tuant 1 138 personnes. Un an après, le comportement des distributeurs n’évolue guère.

Des déclarations d’intentions, quelques initiatives, mais des évolutions a minima dans les faits: un an après la tragédie du Rana Plaza, distributeurs et consommateurs ont certes témoigné d’une prise de conscience, mais ont pour l’instant assez peu changé leurs comportements.

«Rien n’a vraiment changé» : pour Yves Marin, expert consommation au cabinet Kurt Salmon, et pour Nayla Ajaltouni, coordinatrice du Collectif Éthique sur l’étiquette, le constat est sans appel. «On ne peut pas dire que rien n’a été fait, mais les distributeurs se sont contentés de faire le minimum d’efforts», estime Mme Ajaltouni.

À leur crédit, la signature quasi-unanime des grandes enseignes du Fire and building safety agreement, pour améliorer la sécurité des usines au Bangladesh. Certains distributeurs à l’image d’Inditex (Zara) ou Camaïeu ont également contribué au fonds d’indemnisation des victimes de la catastrophe. Carrefour et Benetton, par contre, refusent.

Les enseignes américaines Gap ou Walmart, ou encore le français Auchan ont lancé, en parallèle de ces initiatives collectives, leurs propres audits internes pour s’assurer que leurs sous-traitants au Bangladesh respectent désormais toutes les conditions de sécurité.

Gap assure que ces mesures ont permis des «progrès», notamment au travers de l’installation de portes coupe-feu, d’extincteurs ou de systèmes de détection de fumée dans les usines où ses marques sont fabriquées.

Le numéro un de la grande distribution Walmart atteste quant à lui d’une amélioration de «48% de la sécurité électrique» et de 30% sur la sécurité moyenne de ses usines de fabrication. Le français Auchan a de son côté initié un plan d’action contre la sous-traitance non-déclarée, avec la mise en place d’un code éthique et «82 contrôles inopinés» fin mars chez ses sous-traitants. Le suédoisH& M a même annoncé le lancement d’une politique de «salaires équitables» pour les ouvriers du textile les plus mal payés, qui devrait s’appliquer… d’ici 2 018. Mais en attendant, les conditions de production dans ces pays n’ont guère évolué: les salaires, bien qu’ayant été un peu augmentés (de 30 à 50 euros), restent misérables, et le différentiel social sur les conditions de travail demeure très important. «C’est sur cette spirale d’aller produire toujours moins cher toujours plus loin que s’est construite l’évolution du pouvoir d’achat dans les pays développés, et cela ne change pas, surtout en période de crise, où la question du prix est au centre de tout», note M. Marin.

Côté clients aussi, il y a une «vraie différence entre le déclaratif et les comportements réels», remarque Yves Marin. «Le Rana Plaza a provoqué sur le moment une prise de conscience, mais dans le textile, la perception du prix est totalement faussée par des années de vêtements à prix cassés», note Nayla Ajaltouni.«Revenir en arrière et être prêt à payer plus cher son T-shirt ou son jeans sera forcément difficile à faire accepter, surtout à l’heure où le pouvoir d’achat est contraint», renchérit Yves Marin.