En 1957, sous la neige, Germain Derycke remporta une Doyenne de légende, alors que, sur le tapis vert, il fut classé ex-aequo avec Frans Schoubben.

Comme Devos en 1929, au vu des conditions atmosphériques déplorables, Derycke et Schoubben ont marqué cette année-là, en 1957, une nouvelle fois l’histoire de la Doyenne. Ce 5 mai, Liège s’ébroue sous un crachin déjà tenace. Ils sont cent et sept à se présenter sur la ligne de départ. Ce n’est pas beaucoup en regard des cent trente-cinq autres coureurs qui sont inscrits mais qui ont décidé de rester au chaud dans les hôtels liégeois. Parmi ces coureurs, Rik Van Looy et une bonne partie de l’équipe Faema-Guerra de Germain Derycke. Les abandons se succèdent, alors qu’on n’est pourtant pas encore à Bastogne, où la pluie se transforme en neige. À La Roche, ils ne sont plus que cinquante-six et on n’a parcouru que septante-sept kilomètres… Ils sont tout de même six en tête, au moment d’entamer le kilomètre 90: Robinson, Lahaye, Borcy, Guldémont, Smeets et Keulers. Le peloton suit à quatre minutes. Il n’est plus composé que de quarante-neuf gaillards. À Houffalize, cela ne s’arrange pas davantage: grêle, vent, neige sont passés à l’offensive. Fred De Bruyne, qui est tout de même le vainqueur de l’année précédente, est carrément tombé de son vélo. Il a voulu mettre pied à terre mais s’est révélé incapable de desserrer ses cale-pieds.

Le passage à niveau de Cierreux

Comme s’il fallait une escalade dans les difficultés de la course, le passage à niveau de Cierreux, petit hameau de la commune de Gouvy, se ferme juste au moment où une contre-attaque vient de se dessiner, avec Louison Bobet, mais aussi Sante Ranucci, Angelo Miserocchi et Germain Derycke. Les trois premiers ont sauté les barrières, sans doute au fait de leur règlement, qui autorise ce genre de galipette en France ou en Italie. On ne peut le faire en Belgique, et donc, Derycke peut hésiter… Avant de suivre très logiquement le mouvement. Cet incident de course n’aurait eu aucune importance si les quatre hommes avaient été stoppés par les officiels. Mais le groupe de Bobet est revenu comme un boulet de canon, à tel point que c’est Louison qui passe en tête au sommet de Wanne. Dans la Haute-Levée, Bobet n’est pas au mieux et le rusé Derycke, qui s’en est rendu compte, place un puissant démarrage dans la difficulté suivante, le Rosier […] Dans le Hornay, on est donc à Sprimont, on a parcouru 240 bornes dans des conditions apocalyptiques, on ne voit passer que des zombies, survivants d’une journée qu’aucun de ceux qui vont terminer n’oubliera. Derrière Derycke, il y a un certain Schoubben qui s’est rapproché […] mais c’est Derycke qui franchit la ligne d’arrivée en héros. Sur la ligne, Frans Schoubben se voit obligé de déposer réclamation pour le fameux passage à niveau franchi à Cierreux. Derycke et Schoubben comparaissent le mercredi 8 mai, au siège de RLVB. Là-bas, sans doute quelque peu refroidi par les arguments des officiels, Schoubben est magnanime: il retire sa plainte, tout simplement. Le 15 mai, c’est Derycke qui joue aussi au généreux. Il a écrit à la RLVB pour demander que son adversaire fût classé premier ex-aequo! La RLVB accède à cette requête.