Deux visions

Reporters

Flandre, Wallonie: deux communautés tout en nuances ou deux entités de plus en plus étrangères l’une pour l’autre? À cet égard, le débat électoral est éclairant.

Ce n’est sans doute pas prioritaire en Belgique aujourd’hui mais cela contient suffisamment d’explosif pour dynamiter la campagne électorale et pour que l’onde de choc se prolonge bien après les élections. Ce n’est pas un hasard si les affrontements se focalisent encore sur la prochaine révision de la Constitution puisque ce seul point suffit pour crisper des divergences qui séparent Flamands et francophones.

En témoigne un affrontement musclé, hier, entre le Premier-ministre-président-du-PS Elio Di Rupo et le vice-président de la N-VA Ben Weyts, au Sénat.

Argument du second: le projet minimaliste du gouvernement est une preuve de l’incapacité des partis flamands à faire face au «diktat» francophone…

Réponse du premier: les nationalistes flamands n’ont rien fait alors que le fédéral menait à bien une ambitieuse réforme de l’État. Et cette volonté de diviser Nord et Sud est une vision digne du Moyen âge qui «trompe les Flamands»!

Deux hommes, deux partis, deux visions, deux stratégies et deux cultures totalement opposées…

Elio Di Rupo a raison. La manœuvre de la N-VA est cousue de fil blanc. Elle vise à se présenter comme un rempart unique face à un système francophone, socialiste, coûteux et inefficace. Tout en faisant croire qu’il n’y a qu’une seule sensibilité homogène et cohérente en Flandre, nécessairement opposée à une autre sensibilité monolithique francophone.

Et pourtant, malgré les mensonges, les omissions et les extrapolations simplistes de la N-VA, il faut reconnaître que les différences de perception existent, en dépit des caricatures. Il suffit de comparer les résultats des élections précédentes, avec un poids plus ou moins équivalent des nationalistes de droite, en Flandre, et des partis de gauche, en Wallonie.

Qu’on le veuille ou non, la Flandre et la Wallonie de 2014 sont les fruits de deux histoires séparées, depuis au moins trois décennies, deux communautés travaillées par les discours politiques dominants et dont on a parfois quelque peine à comprendre les subtilités et la logique, de l’autre côté de la frontière linguistique.