Fenicia, ma mère

La façon dont, fin janvier 1939, fuyant Barcelone tombée aux mains des Franquistes, les Républicains espagnols ont été «accueillis» par la France reste une tâche noire dans l’histoire du pays des Droits de l’homme.

Malmenés, privés de leurs derniers biens, ils ont été parqués comme des animaux pendant le rude hiver dans des camps insalubres, notamment sur la plage d’Argelès cernée de barbelés.

Ana, orpheline adoptée par un couple d’anarchistes qui la rebaptise Fenicia, a vécu cet exode avant de découvrir Paris et de devenir agrégée de Lettres, à tout jamais marquée par l’abandon et l’exil. C’est la courte vie - elle est morte en 1964, à 31 ans – d’une femme constamment en guerre avec les autres et avec elle-même que recrée son fils qui, né en 1961, ne l’a pas connue, ayant passé ses premières années chez une nourrice.

«À la maison, c’était un tabou et c’est par hasard que j’ai découvert que la deuxième femme de mon père n’était pas ma mère, confie celui qui a aussi appris l’existence d’un demi-frère. En reconstituant sa vie grâce à de nombreuses lettres retrouvées, je voulais montrer comment l’Histoire façonne nos destins individuels.» Et il l’a magnifiquement fait sous une forme romanesque.

Pierre Brunet, «Fenicia», Calmann-Lévy, 426 p.