DANS LA COUR

Pierre Salvadori, sauveur des âmes perdues

Avec «Dans la cour», Pierre Salvadori signe son meilleur film, une belle œuvre humaniste à découvrir sans plus tarder. Et pour vous donner envie, il en parle. Plutôt bien, d’ailleurs.

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Pierre Salvadori, réalisateur, avait exprimé son optimisme à travers des œuvres comme Hors de prix ou Les Apprentis. Avec Dans la cour, son dernier film, un nouveau duo symbolise le triomphe de la vie, avec une Catherine Deneuve que l’on redécouvre et un Gustave Kervern étonnant.

Vous mettez chaque fois en valeur une faiblesse de votre héros à travers les yeux d’un autre. Pourquoi choisir un intermédiaire?

Cela a un côté plus «spectaculaire», plus efficace pour le récit. On retrouve dans les histoires une certaine dictature de l’admiration du héros. Il a une influence incroyable, une compassion immédiate de la part du spectateur. Comme dans un roman, l’empathie est très forte, presque trop facile. Pour éviter de prendre le public en otage, j’ai choisi d’utiliser un autre personnage, de placer un autre prisme que le mien.

Dans «Hors de prix», Gad Elmaleh et Audrey Tautou semblent être autant amoureux qu’amis. Ici, il y a un vrai lien d’amitié entre les deux rôles principaux. L’amour et l’amitié, quelle est la différence dans vos films?

Il y a une énorme différence pour moi. Avec l’amitié, il y a cette gratuité immédiate, avec beaucoup plus de liberté que dans l’amour. On n’a pas de sentiment de «dette» envers quelqu’un. L’amitié amoureuse, c’est encore autre chose, c’est une autre émotion. À mon sens, on choisit l’amitié, pas l’amour.

«Dans la cour» présente des réalités plus difficiles comme la clandestinité, l’alcoolisme, la drogue… Quelle était votre ambition vis-à-vis de ces aspects?

Le clandestin est un mystique, un errant qui vit dans une profonde solitude, il fait figure de symbole. Quant à la drogue, je me suis souvent dit que c’était un sujet mal abordé, caricatural et mortifère. Quand Antoine dit «C’est quelque chose qui m’aide à faire au mieux ce que je sais faire», puis «ce qui m’apaise m’épuise », je retrouve ce que j’ai ressenti avec la drogue, étant plus jeune. Dans ce film je voulais faire une sorte de mise au point avec les autres, plus nuancée.

Malgré les thèmes abordés un peu durs, il y a toujours de l’humour dans votre univers. C’est votre vision des choses au quotidien?

Je cherche à retranscrire cette ironie douce, non méprisante, qui m’aide à prendre position dans la comédie. Je prends parti en essayant de déceler le drôle du tragique. C’est une posture que je garde pour ne jamais être blasé. Ce dont je suis sûr, c’est qu’il y a un remède à tout problème, et l’humour fait beaucoup en ce sens-là.

Il y a une progression dans vos œuvres, vous pensez avoir achevé un propos avec le film?

L’idée du progrès est fondamentale pour moi, quand des gens me disent que Cible émouvante (son premier film) est leur préféré, ça me fait flipper (rires)! C’est extrêmement important d’évoluer, d’essayer de comprendre. Je suis effectivement arrivé au bout de quelque chose, maintenant j’ai envie d’accélérer le mouvement et parler d’autre chose.

Aviez-vous pensé à Catherine Deneuve pour le rôle de Mathilde?

Elle est très, très cinéphile, et m’appelle souvent pour partager ses avis sur les films. La sortie de De vrais mensonges avait été difficile, elle a été généreuse et m’a réconforté. J’ai commencé à écrire pour elle, et on a construit ce personnage à trois avec Catherine et la costumière. Elle sait tout jouer de loin, et j’avais envie de la faire jouer de près.