RECONSTITUTION

Napoléon ressuscité pour ses adieux

Napoléon ressuscité pour ses adieux

C’est un… avocat spécialisé dans les infractions au Code de la route qui incarne Napoléon. AFP

Il y a 200 ans, en saluant sa garde, Napoléon s’écriait: « Je vous fais mes adieux!» Il a remis ça, ce week-end, à Fontainebleau.

«En avaaant… marche! Gauche. Gauche. Gau… Fabrice, tu vas trop vite. Regagnez vos rangs.» A Fontainebleau, on ne plaisante pas avec l’ordre de marche, surtout lorsqu’il s’agit de rejouer les adieux de Napoléon à sa garde, 200 ans après.

«Moi, cela fait vingt ans que je suis sur le champ de bataille», raconte Pierre Pages, un «grognard» de 66 ans, venu saluer l’empereur lors de cette reconstitution historique.

Dans les rues de la «ville impériale», les tambours résonnent au passage en revue des troupes. «Vive l’empereur!», s’exclament les spectateurs, férus d’histoire, admirateurs de Bonaparte ou simples curieux.

Il y a 200 ans, le 20 avril 1814, Napoléon, contraint à abdiquer, saluait ici même sa garde impériale avant de s’exiler sur l’île d’Elbe. Au pied du célèbre escalier en fer à cheval du château de Fontainebleau, près de Paris, il s’écriait: « Soldats de ma Vieille Garde, je vous fais mes adieux…»

Pour commémorer ce temps fort de l’Histoire de France, Frank Samson a ressorti son plus beau bicorne. C’est lui qui incarne Napoléon pour l’occasion. Depuis une dizaine années, cet avocat de profession, spécialiste des infractions au Code de la route, s’attache à ressusciter «sa majesté» dans les moindres détails plusieurs fois par an.

«Le physique de l’empereur a beaucoup évolué dans ses dernières années. Moi, je suis plutôt l’empereur d’après 1811 quand il avait beaucoup grossi», explique-t-il. «J’essaye de reproduire sa gestuelle, son petit tic de la manche par exemple. Mais c’est vrai que je suis trèscomplexé parma taille, je fais deux cm de trop», avoue-t-il.

À 44 ans, il n’en est pas à ses premiers pas dans la peau de l’empereur. Il a déjà vécu le sacre et s’est illustré dans de nombreuses batailles, mais les adieux à Fontainebleau occupent selon lui une place spéciale dans la geste napoléonienne.

«C’est le départ pour l’île d’Elbe. Il y a beaucoup d’émotion car on pense qu’on ne le reverra jamais. On ne sait pas encore qu’il va revenir», dit-il.

Comme lui, à pied ou à cheval, baïonnette à l’épaule, tambours en bandoulière ou casques emplumés sur la tête, ils sont quelque 400 «reconstituteurs», tous bénévoles, à avoir fait un saut dans le temps.

«On dort au bivouac sur la paille dans les conditions de l’époque», poursuit Pierre Pages, venu avec armes et bagages pour « faire vivre l’histoire » le temps d’un week-end.

«Le but, c’est vraiment le devoir de mémoire », insiste-t-il, dans son uniforme de commandant en chef de la garde.

Selon Jean-François Hebert, président du château de Fontainebleau, «il fallait absolument célébrer les adieux pour le bicentenaire de la campagne de France.»

« C’est un moment très fort, dédié à la garde. Il leur dit qu’ils ont vécu ensemble des moments extraordinaires et leur demande d’adhérer à un nouveau souverain. Tout le monde pleure, c’est très émouvant», ajoute-t-il.

Pour l’occasion, il fallait redonner vie aux vieilles pierres. «Les reconstitutions, c’est une manière de montrer que le château n’est pas un lieu figé, un décor mort», souligne-t-il.