Gilbert fait du cyclisme une science exacte

Gilbert fait du cyclisme une science exacte

Troisième Amstel dans la poche de Philippe Gilbert. Belga

Philippe Gilbert a remporté son 3e Amstel ce dimanche de Pâques, au bout d’une tactique d’équipe qui érige le cyclisme en science exacte.

Du grand Gilbert sur cet Amstel de dimanche? Non, du très grand Gilbert. N’en déplaise, encore une fois, aux esprits chagrins qui vouent le coureur wallon aux gémonies depuis quelque temps, même quand il gagne, comme à la Flèche Brabançonne, en lui reprochant un sprint irrégulier. Et quels poux fallait-il encore chercher sur la tête, dimanche, de Gilbert? Aucun, absolument aucun, sinon une classe indéniable, alliée à une science de la course et à un jeu d’équipe qui a confiné à la précision scientifique.

D’ailleurs, cet Amstel n’a vraiment débuté qu’à sept kilomètres du terme, lorsqu’il s’est agi de descendre et de se placer avant le virage gauche où débute le Cauberg.

« Quand mon équipier Samuel Sanchez a attaqué au pied de cette dernière difficulté, souriait Philippe, cela a surpris tout le monde (NDLR: Gerrans, Valverde et Kwiatkowski)… sauf moi, évidemment. Tout cela était prévu et le plan a fonctionné à merveille. Moi, j’ai attendu le meilleur moment pour porter mon estocade, soit quand cela fait vraiment mal pour tout le monde. J’étais concentré comme jamais, poursuit Philippe, parce qu’il n’y a que dans cette montée finale que je pouvais faire la différence, alors que le vent était de dos, comme c’était le cas sur les premières montées. Mais encore ne fallait-il pas que le vent ait changé de direction. »

Au fond, cet Amstel, remodelé depuis 2013, avec cette arrivée située un kilomètre et demi plus loin que le sommet du Cauberg, n’aura procuré qu’un enseignement: les coureurs s’adaptent et il importe désormais de disposer d’équipiers dans les derniers kilomètres. Attaquer de loin, comme le firent les dix courageux du matin, ne sert à rien, sinon de se voir offrir le prix de la combativité, comme le reçut Christophe Riblon.

Affaire rondement menée

Cet Amstel nouvelle mouture fait même songer à Milan-San Remo, où tout le monde attend de s’expliquer au pied du Poggio.

«Burghardt m’a piloté dans la descente qui précède, racontait Philippe, et, avant, Van Avermaet avait joué son rôle en partant devant et en obligeant les équipiers de Valverde à travailler. Le reste, c’était mon affaire.»

Une affaire rondement menée, un peu à la manière du championnat du monde de 2012, sauf que l’opposition était faite ici des meilleurs coureurs du World Tour. Mais, ni Gerrans, ni Valverde, ni Kwiatkowski n’ont trouvé les ressources pour aller rechercher le contre de Philippe. En un mot comme en cent: ce Sanchez avait fait la moitié du boulot dans le Cauberg. Du grand art, et, en attendant, avec ces deux victoires de rang, Flèche Brabançonne et Amstel, Philippe se replace comme un des grands favoris de Liège-Bastogne-Liège de dimanche. Sans qu’on évoque la Flèche Wallonne, dont on sait qu’elle n’est pas dessinée pour lui, même s’il l’a remportée en 2011. Mais où il pourrait aussi renvoyer l’ascenseur à Sanchez?

Les autres, ce sont les battus, Valverde ou Gerrans, alors que Vanendert, deuxième derrière Philippe, a enfin marqué de précieux points pour l’équipe Lotto-Belisol au ranking mondial.

Enfin, sur le plan émotionnel, les âmes sensibles auront eu des frissons, entre un fan-club déchaîné et le sourire de Patricia, l’épouse de Phlippe, lequel avait emmené son fils Alan sur le podium.

«Cela faisait deux ans que je n’avais plus emmené ma famille sur une course, souriait Philippe. Cela motive et cela procure beaucoup de plaisir quand on gagne. Vous savez, précisait-il, je me sentais vraiment très fort ce dimanche. Et, dans la tête, je suis toujours comme un débutant, celui qui est passionné par toutes les belles courses.» Une passion partagée par un entourage de supporters les plus heureux du monde. Aywaille avait sans aucun doute la gueule de bois en ce lundi de Pâques.