La fièvre du dessin a gagné très vite le petit cerveau malade de Philippe Bercovici. Le dessinateur niçois des Femmes en blanc, qui vit à Bruxelles depuis un bail, a débuté sa carrière à… 13 ans. À 51 ans, le voilà à presque 40 ans de carrière!

On a coutume de dire que les dessinateurs gribouillent dans les marges de leurs cahiers depuis l’enfance et les bancs de l’école primaire. Dans le cas de Philippe Bercovici, c’est encore très largement en dessous de la vérité. D’une précocité hallucinante, le gaillard soignait encore ses boutons d’acné lorsqu’il a fait ses débuts dans les pages du journal Spirou. Imaginez: il n’a même pas 14 ans lorsqu’il publie ses premiers dessins dans le cadre de la rubrique Carte Blanche de l’hebdomadaire. C’était en 1976.

Près de 40 ans de carrière plus tard – à 51 ans, c’est un record mondial: allô, le Guinness? – il est un auteur reconnu et apprécié. Un gros vendeur aussi grâce, notamment, aux Femmes en blanc, la série médicale à succès qu’il mène de main de maître depuis le milieu des années 80 avec Raoul Cauvin, et dont il vient de sortir un… 34e album, Neuf mois de gros stress.

Un Cauvin qui fut, en quelque sorte, le détonateur de sa déjà longue carrière: c’est lui qui, à l’occasion d’un festival organisé à Nice, où vivait alors le petit Philippe Bercovici, a repéré le talent du gamin.

«J’étais venu avec ma sœur, ou ma mère, je ne sais plus, mes dessins sous le bras pour voir si cette manie de dessiner pouvait aboutir à quelque chose, se souvient-il amusé. J’avais montré mon travail à Fred, qui s’était montré très gentil, à Fournier, Lambil, Walthéry aussi. Il devait y avoir Goscinny dans le secteur, également – c’était une époque formidable. Et donc Raoul

Dont il a défrisé la légendaire moustache: « Il m’a de suite encouragé, et on a entamé une correspondance assidue. »

Il ne faudra pas longtemps à Cauvin pour sortir, de son cabas, l’une des 128 idées qu’il y fourre à la minute et proposer une collaboration en bonne et due forme à son nouvel ami. Ce sont d’abord Les grandes amours contrariées puis, très vite, Les Femmes en blanc. Déjà. Berco, pourtant, est encore un dessinateur amateur. Qui continue de se rendre, chaque jour, au… lycée. Et pas toujours les yeux très ouverts.

«Je dessinais beaucoup… la nuit. Pour Spirou, mais aussi un mensuel bruxellois dirigé alors par Jean-Claude de la Royère. Du coup, en journée, j’étais souvent mort. Le matin, vous prenez du café, vous tenez le coup la matinée, puis vous vous écroulez et n’entendez plus rien des cours de l’après-midi! Je me suis parfois endormi dans un coin de la cour tant j’étais fatigué. À l’école, on a parfois cru que je prenais des substances. Ça peut rendre cinglé, de ne pas dormir: deux nuits de suite, et on est pire que le McCartney de la grande époque…»

«Quand on dessine, on a toujoursdes petits problèmes en classe»

Ses premières paies, il les donne à ses parents, «et ça pendant un petit bout de temps», se marre-t-il. Et se contente, pour tout salaire, de la petite notoriété que lui confère son statut d’artiste dans les couloirs du bahut.

«C’était difficile à cacher. Quand on dessine, on a toujours des petits problèmes en classe parce qu’on a le matériel nécessaire sous la main: du papier, un crayon voire un stylo, et c’est emballé. Quand on est musicien, c’est plus difficile: la guitare en cours, c’est pas très discret. Du coup, parfois, on se met à dessiner au tableau à la demande du prof d’anglais pour illustrer le cours. J’ai beaucoup dessiné au tableau. Après, ça dépend de la relation qu’on a avec le prof. Si on commence à le caricaturer en monstre comme ça m’est arrivé, ça passe moins bien. Sinon, c’est vrai que le dessin permet d’acquérir une petite notoriété, même si j’étais plutôt le geek de l’époque que la star du lycée. Mais comme le sport, c’était moins mon truc…»