Une patrouille belge de rêve

En journée, sous le soleil, cela semble idyllique. Mais c’est en pleine nuit et par moins 20 degrés que Fabrice Étienne franchira Tête Blanche (3 700 mètres). PDG

La plus mythique de toutes les courses de ski de rando se tient entre Zermatt et Verbier, en Suisse, dans quelques jours . Une course militaire à laquelle prennent part de nombreux civils. Ce sera la cinquième Patrouille des glaciers de Fabrice Étienne, un habitant de Floreffe. Et peut-être sa dernière…

Un nouveau record belge sur la Patrouille des glaciers pourrait tomber ce 30 avril. Fabrice Étienne, un Floreffois passionné par la montagne s’y attelle on ne peut plus sérieusement, avec deux de nos compatriotes, exilés en Suisse, Olivier Drion et Gauthier Masset.

Pour ceux et celles qui ne connaissent pas cette discipline, le ski de rando est probablement le sport le plus complet et le plus exigeant. On grimpe, skis aux pieds, avec des peaux de phoque qu’on enlève au sommet pour s’offrir des descentes vertigineuses.

Il faut donc être excellent athlète et skier comme un dieu. Mais aussi avoir un vrai esprit d’équipe (on skie à trois, parfois encordés) et pouvoir s’adapter aux pires conditions météo en montagne.

À l’image de Kilian Jornet (trois fois champion du monde de ski-alpinisme) nombreux sont les traileurs qui pratiquent le ski de rando l’hiver. Et qui entretiennent ainsi leur condition pour performer sur les ultra-trails en été.

Fabrice Étienne est de cette race. L’hiver, on le voit grimper les sommets skis aux pieds et participer aux grandes compétitions internationales (il vient de terminer Pierra Menta, l’épreuve reine annuelle de ski alpinisme). Et l’été, on le croise sur l’UTMB, le Tor des géants, le Grand raid des Pyrénées ou d’autres courses de plus de 100 km.

10hpour 53 km et 4 000 mètres de dénivelé positif

Le 29 avril, à 44 ans, ce sera pour lui sa cinquième Patrouille des glaciers. «Peut-être la dernière et j’espère la meilleure. J’ai tout mis en place pour être au top. Au niveau de l’équipe. Au niveau du matériel (plus de 3 000€ rien que pour les skis) et de l’entraînement (sept semaines pour un total de 100 000 mètres de dénivelé positif).» De fameux sacrifices qu’il aura du mal à reproduire dans les années qui viennent. « L’élite internationale s’entraîne toute l’année, dans tous les coins du monde. Moi je dois m’entraîner en partie sur mes congés. Ça change évidemment la donne. Et le budget.»

Cette année, Fabrice Étienne, pourtant para-commando à Marche-les-Dames, a fait le choix de s’inscrire dans une patrouille civile. Afin de pouvoir s’entraîner davantage encore qu’avec l’armée. Avec Olivier Drion et Gauthier Masset, ils forment la patrouille officielle qui représente le Club alpin de Belgique.

«Mon meilleur temps, jusqu’à présent, est de 13 h.Cette fois, je pense que nous pouvons boucler le parcours (53 km entre Zermatt et Verbier, 4 000 mètres de D +), en 10h.» Ce serait alors, à notre connaissance, le meilleur résultat jamais enregistré par une patrouille belge. Un réel exploit pour notre petit plat pays. Même si 10 heures, c’est presque deux fois plus que le record établi par les Suisses Florent Troillet, Martin Anthamatten et Yannick Ecœur en 2010 (5h52 min). «Mais on ne joue pas dans la même catégorie. Nous, on ne boit que de l’eau…» Fabrice Étienne fait ici allusion à plusieurs cas de dopage constatés ces dernières années et qui viennent ternir l’image d’une course organisée par l’armée suisse. «Ici, contrairement à d’autres sports, il n’y a rien à gagner alors qu’il faut débourser 1 000€ par patrouille pour s’inscrire. Si la Patrouille des glaciers n’est pas la plus belle, elle est la plus prestigieuse, par son histoire, son caractère populaire. Tout le monde peut tenter sa chance dans une épreuve où pros et amateurs sont confrontés au même moment aux mêmes difficultés. Rien que pour le plaisir de pouvoir dire qu’on l’a faite.»