L’Ukraine au bord de la guerre civile

Des manifestants armés pro-russes s’apprêtent à se battre contre les forces spéciales ukrainiennes. La guerre civile est proche. AFP

Le gouvernement ukrainien proeuropéen s’est lancé dans une opération antiterroriste dans l’Est. Le sang a de nouveau coulé.

Le Conseil de sécurité des Nations unies a dû se réunir en urgence dimanche à 20hà New-York (lundi 2h du matin heure belge) à huis clos pour évoquer la situation dans l’Est de l’Ukraine.Ces «consultations informelles» avaient été demandées un peu plus tôt par la Russie. Moscou avait sommé les autorités pro-européennes de Kiev de cesser «la guerre contre leur propre peuple» au moment où le gouvernement ukrainien déclenchait une «opération antiterroriste» contre les insurgés armés pro-russes. Cette opération est accompagnée d’un ultimatum: la présidence ukrainienne a donné jusqu’à lundi matin (8 heures en Belgique) aux séparatistes pour déposer les armes et quitter les bâtiments publics qu’ils occupent.

Le président ukrainien par intérim Olexandre Tourtchinov a haussé le ton: «Le sang a été versé dans la guerre que la Russie livre à l’Ukraine», a-t-il déclaré dans un discours à la nation, ajoutant avoir ordonné «une opération antiterroriste de grande envergure» pour mettre fin à ces troubles.

Selon le ministre de l’Intérieur Arsen Avakov, l’opération, entamée dimanche matin, a fait «des morts et des blessés des deux côtés.»

Le regain de violence depuis 48 heures fait peser une incertitude sur des pourparlers prévus pour la semaine prochaine afin de tenter de régler la pire crise Est-Ouest depuis la fin de la guerre froide.

Et il fait craindre que Moscou, qui a massé jusqu’à 40 000 hommes à la frontière, ne saisisse ce prétexte pour une intervention, le président Vladimir Poutine ayant promis de défendre «à tout prix» les ressortissants russes dans l’ex-URSS.

Une série d’attaques visiblement coordonnées a été lancée samedi dans des villes de l’est russophone de l’Ukraine, région frontalière de la Russie, par des hommes armés, portant souvent des uniformes sans insignes.

Scénario de la Crimée

Des incidents qui rappellent les événements du mois de mars en Crimée, rattachée à la Russie après l’intervention de groupes armés non identifiés – des militaires russes selon tous les observateurs – et un référendum controversé.

«Nous ne laisserons pas la Russie répéter le scénario de la Crimée», a d’ailleurs promis M. Tourtchinov. Selon le ministre Avakov, la contre-offensive ukrainienne était principalement concentrée sur Slaviansk, où un groupe armé s’est emparé des locaux de la police et des services de sécurité (SBU), hissant le drapeau russe. M. Avakov a fait état sur sa page Facebook d’un mort et de cinq blessés côté loyaliste et d’un nombre indéterminé de victimes chez les séparatistes.

L’administration régionale a plus tard fait état d’un mort et de neuf blessés. Un photographe de l’AFP a vu des voitures civiles portant des impacts de balles sur une route près de Slaviansk. Mais des photographes de l’AFP présents sur place n’ont toutefois constaté aucun combat à Slaviansk, survolée par des hélicoptères militaires. Les assaillants tenaient l’un des ponts donnant accès à cette localité de 100 000 habitants.

Manifestations dans l’Est

Des manifestations pro-russes, mais aussi pour l’unité de l’Ukraine, ont eu lieu dimanche dans différentes cités de l’Est, selon les autorités régionales. À Marioupol, sur la mer d’Azov, les manifestants se sont emparés sans résistance du siège de l’administration locale, hissant le drapeau de la «république de Donetsk».

Ils réclament le rattachement à la Russie, ou au minimum une fédéralisation de la Constitution ukrainienne pour donner de grands pouvoirs aux régions. Kiev refuse, y voyant la porte ouverte à un éclatement de l’Ukraine, et n’accepte qu’une «décentralisation».

Moscou n’a jamais reconnu le gouvernement provisoire proeuropéen arrivé au pouvoir après le renversement fin février du président pro-russe Viktor Ianoukovitch à la suite de sanglantes manifestations dans la capitale ukrainienne. Et la Russie a mis en garde l’Ukraine contre tout recours à la force contre les insurgés.

Des pourparlers Russie/Ukraine/États-Unis/UE sont annoncés pour jeudi prochain à Genève, mais la Russie a douché samedi cette lueur d’optimisme en affirmant que rien n’était en fait arrêté, notamment le «format» des discussions.