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La garde alternée n’est pas la panacée

La garde alternée n’est pas la panacée

La garde alternée peut être une source d’angoisse chez un enfant de moins de cinq ans. Fotolia

La moitié du temps chez papa, l’autre chez maman. La formule donne aux parents le sentiment d’être égaux. Les jeunes enfants risquent d’en souffrir.

Depuis quelques années, la garde alternée s’est imposée comme LA solution à prôner pour un «bon divorce». Les professionnels (juristes, politiques, cliniciens) la recommandent autant que possible. Au cours des cinquante dernières années, le rôle des parents a considérablement évolué. Surtout celui du père dont la situation est plus fragile.

Elle peut générer angoisse, hyperactivité, gel des émotions…

L’autorité paternelle a été remplacée par l’autorité parentale idéalement partagée en deux quand l’enfant passe le même nombre de jours chez papa et maman. La garde alternée donne aux parents le sentiment d’être égaux dans leurs fonctions parentales mais aussi d’avoir les mêmes droits et les mêmes revendications vis-à-vis de leur enfant.

Si la fonction parentale a considérablement évolué, les besoins psychiques de l’enfant n’ont pas varié dans les mêmes proportions. Et la garde alternée appliquée trop tôt ou dans de mauvaises conditions peut générer angoisse, agressivité, hyperactivité, gel des émotions, souffrance dépressive…

C’est ce que rappelle un petit livre édité par la Fédération Wallonie Bruxelles qui réinterroge ce mode de garde à l’attention des professionnels.

Pour les deux auteurs la pédopsychiatre belge Christine Frisch-Desmarez et le psychiatre français Maurice Berger, il faut se poser des questions au préalable car de nombreuses variables entrent en ligne de compte: l’âge de l’enfant, le moment de développement où il se situe, le contexte familial, sa personnalité ainsi que celle de ses parents,….

«En ce qui concerne le mode de garde, il est essentiel de tenir compte du développement propre de l’enfant, précise Christine Frisch-Desmarez. Certains supportent beaucoup plus mal les angoisses liées à la séparation que d’autres. Et certaines pathologies (retard dans le développement, autisme,..) ne s’y prêtent pas».

Les deux psychanalystes proposent aux professionnels de s’inspirer du calendrier de Brazelton. Ce pédiatre américain qui s’est beaucoup intéressé au développement physique, psychique et émotionnel du jeune enfant a constaté les ravages que ce mode de garde occasionnait chez les très jeunes enfants.

Une mise en route progressive jusqu’à l’âge de 5 ans

Brazelton a mis en place un calendrier pratique qui repose sur l’idée qu’il est important pour le jeune enfant d’avoir d’un côté un hébergement principal qui lui assure la sécurité de base et, de l’autre, le développement d’un lien avec l’autre parent (généralement le père) à travers des visites fréquentes. Le tout en tenant compte de la spécificité et du rythme de l’enfant.

«À partir de l’âge de 5 ans, on peut commencer un véritable hébergement alterné à condition de respecter trois critères, précise la pédopsychiatre belge. L’entente entre les parents doit être suffisamment bonne. Les deux maisons ne doivent pas être trop éloignées l’une de l’autre. Et idéalement, l’enfant devrait se rendre facilement chez son père quand il est chez sa mère et inversement».

La garde alternée n’est pas une mauvaise formule à condition qu’elle s’adapte aux besoins et au rythme de l’enfant. Elle demande beaucoup d’amour de part et d’autre, surtout du père.

«Garde alternée: les besoins de l’enfant», Christine Frisch-Desmarez et Maurice Berger, à télécharger sur yapaka.be