Et de une pour Terpstra, et de douze pour Lefevere

Niki Terpstra a offert à Patrick Lefevere une douzième victoire dans Paris-Roubaix. Chez Quick Step, l’honneur est sauf.

Ce Paris-Roubaix fut tout simplement haletant de bout en bout. La faute à qui? Sans aucun doute, d’abord, aux conditions atmosphériques, avec un temps très sec, mais aussi à un paquet de coureurs, tous au même niveau. Cette fois, il n’y eut pas de domination outrancière de la part de Cancellara, ni de Boonen, qui aura tenté le coup à une bonne soixantaine de bornes de Roubaix. Mais, une fois rejoint par les autres favoris, il restait une bonne vingtaine de km, cela s’est joué ensuite à la pédale. Avec celles de Peter Sagan, qui, pourtant victime d’une chute et d’une crevaison, avait encore osé attaquer à 16 km du but, soit au Carrefour de l’Arbre. Le Slovaque y était allé au culot, que ne pouvaient accepter des gars comme Cancellara, Degenkolb, Vanmarcke et Stybar.

Et puis, une fois ce groupe de ténors bien en place, on croyait que l’affaire allait se jouer entre eux. C’était sans compter sans un dernier baroud d’un Boonen altruiste, mais qui fut aussi bien aidé par Wiggins (qui dira qu’il aime cette course…) et Thomas. Boonen allait servir ainsi de rampe de lancement, en compagnie de Stybar, pour son équipier Terpstra. C’était bien vu de la part des Quick Step. «Parce que celui qui va tenter d’aller rechercher Terpstra, analysait Bernard Hinault, il perdra toutes ses chances de gagner.»

Terpstra, lui, en poursuiteur avéré, ne se retourna plus. Derrière, personne n’osa non plus y aller, ni Thomas et Wiggins (Sky), ni Cancellara, ni Degenkolb, ni Vanmarcke… La cause était entendue, Terpstra récoltant les fruits d’un jeu d’équipe qui permet une nouvelle fois à Patrick Lefevere de triompher sur l’Enfer du Nord.

« Je dois bien avouer qu’il y avait une grosse pression sur nos épaules, disait Terpstra. Aussi bien médiatique qu’en interne. Cela nous a motivés particulièrement. Si je suis heureux de ma victoire? Il n’y a pas de mots pour définir cela (NDLR: sinon un grand cri de victoire une fois passé la ligne). J’ai toujours rêvé de cette course. Qui reste pour moi la plus difficile du calendrier. Vous avez vu les pavés? C’est un truc de fous…»

Niki Terpstra, bientôt 30 ans en mai, va désormais souffler un peu, non sans fêter cela, alors que les Pays-Bas attendaient un successeur à Servais Knaven depuis 2001, ce qui le rend évidemment très fier de sa performance. « Je pense qu’on a aussi joué le coup finement, expliquait-il encore. Quand Boonen est passé à l’attaque, à 60 km du but, il m’a demandé pour l’accompagner. Mais il est tellement explosif que le temps de réfléchir, il était déjà parti, alors que dans le peloton, cela ne roulait plus. Mais, bon, ce sont aussi les BMC qui ont tout ramené ensuite. Quand à mon attaque décisive, elle n’était pas spécialement préméditée. Je pensais qu’avec ce groupe de onze, qu’on allait sprinter et que Tom avait encore toutes ses chances. Mais Wilfried Peeters ne voulait pas prendre le risque de perdre. C’est pour cela que je suis passé à l’attaque. » Terpstra alla donc cueillir les fruits d’un succès construit de toutes pièces par une équipe OPQS qui continue à tout rafler sur son passage. « Je suis fier de mes coureurs qui ont respecté les consignes, souriait Lefevere. Tom a dynamité la course mais n’a pas réussi à aller au bout. Il a tout de même joué un rôle crucial en ramenant Terpstra sur le groupe de tête .» Tout aurait pourtant pu mal tourner dans le final. En panne d’oreillette, les coureurs ont en effet dû se débrouiller.

« Je pense avoir pris la bonne décision, a conclu Terpstra. Personne ne voulait ramener Tom ou s’exposer à une contre-attaque de Zdenek. Le piège se refermait…»