ENVIRONNEMENT

Le numérique, polluant insoupçonné?

Le numérique, polluant insoupçonné?

Un clic pour une recherche sur un moteur de recherche peut générer… 7 g de CO2 . EdA

Souvent qualifié de propre et d’écologique pour sa virtualité, le numérique aurait des répercussions plutôt «encombrantes » en coulisses…

Alors que les écrans d’ordinateurs, GSM et autres tablettes s’invitent dans notre quotidien depuis une quinzaine d’années, le monde du numérique et ses nouvelles technologies semblent positivement réduire l’impact de l’activité humaine et de la croissance économique, en dématérialisant les supports et facilitant la communication. Et pourquoi pas, même résoudre la crise environnementale! On ne compte d’ailleurs plus ses vertus, comme le fait de pouvoir observer la Terre et sa dégradation par satellites…

Mais si ce monde semble virtuel et désencombrant, le numérique engendre bien des nuisances insoupçonnées… «Polluant et encombrant», l’univers numérique? C’est bien ce qu’affirment les recherches de trois auteurs français, publiées dans l’ouvrage documenté et chiffré La Face cachée du numérique (lire ci-contre). Le philosophe Fabrice Flipo, la sociologue Michelle Dobré et l’ingénieure télécoms Marion Michot veulent y démonter le mythe de cette nouvelle économie que l’on dit «propre et écologique».

Au-delà de l’écran et du chargeur domestique

 

« Le numérique, tous secteurs confondus (internet, téléphonie, réseaux, cloud, etc.), est le plus gros consommateur d’électricité, après la production d’électricité en tant que telle pour les ménages », confirme Michel Hermans, professeur à l’ULg en science politique spécialisé en mondialisation et communication. «La plus grosse dépense d’énergie ne se produit bien sûr pas sur le compteur de l’utilisateur final, comme par exemple lors du rechargement de batteries ou autre branchement d’appareils. Ça se passe en amont, au niveau des réseaux qui permettent les interconnections. Et cela va des antennes relais, aux câbles en fibre optique, en passant par les centraux téléphoniques numériques situés dans les grandes villes. »

Dans les coulisses du numérique: les data centers

Et comme le pointe du doigt cet ouvrage, c’est également la faute aux immenses data centers construits pour stocker nos données numériques. Ces hangars de serveurs sont fameusement énergivores: «Ces data centers représentent 1,5% de la consommation électrique mondiale, soit l’équivalent de la production de 30 centrales nucléaires, dans le monde», précise Fabrice Flipo, qui a été stupéfait par les chiffres découverts par les recherches françaises. « Et cette énergie utilisée provient le plus souvent de vieilles centrales thermiques fortement émettrices. » Le chercheur se doutait de la pollution engendrée « …mais pas à ce point! Le numérique est responsable de 2 à 3% des émissions de gaz à effet de serre. D’ici 2020, on montera à 4%! C’est une progression phénoménale à l’échelle globale. On parle de milliards de tonnes de carbone ».

 

 

Une requête Google
vaut une tasse de thé

 

 

«Le numérique laisse une trace profonde dans la biosphère», alertent les auteurs de la «Face cachée du numérique». Et les comparaisons y sont frappantes et concrètes: une recherche sur Google produirait autant de CO2 (7g) que de porter à ébullition de l’eau pour une tasse de thé ; nos gadgets électroniques sont bourrés de produits toxiques difficilement recyclables ; les déchets électriques et électroniques de l’année chargés représenteraient un embouteillage de poids lourds de 20 000 km de long…

La Face cachée du numérique invite à prendre ses responsabilités et à «surfer» avec un autre regard sur les écrans de plus en plus omniprésents. À lire en version papier… car non disponible en livre électronique!