« Ne pas culpabiliser mais p asser le message »

« Ne pas culpabiliser mais p asser le message »

Fabrice Flipo utilise Internet avec parcimonie.

Fabrice Flipo est maître de conférences en philosophie à Télécom et Management Institut Mines-Télécom à Paris. Il a corédigé son dernier ouvrage La Face cachée du numérique sur base d’un rapport scientifique sorti en 2009, tout en le vulgarisant et l’actualisant des dernières statistiques.

Ne pas stigmatiser

La lecture de cette synthèse d’études sur l’impact environnemental des nouvelles technologies peut bien sûr entraîner chez le lecteur un sentiment de culpabilité, face à cette démoralisante fatalité. Mais les auteurs ont justement souhaité éviter cette stigmatisation des utilisateurs, en détaillant clairement le problème dans sa dynamique sociale et économique. « On a voulu montrer que l’individu se trouve dans une situation d’injonction paradoxale où on lui demande à la fois de consommer plus pour sauver l’économie et de consommer moins pour sauver la planète. »

Moins consommer au quotidien

L’ouvrage ne développe pas vraiment de pistes d’actions et d’alternatives pour les citoyens. Mais Fabrice Flipo nous livre quelques réflexes qu’il applique personnellement.

Pas de vidéo

« Premièrement, j’évite tout ce qui est vidéo, même le streaming, car ça consomme beaucoup.»

Le choix de moteurs de recherche spécialisés

« Ensuite, j’essaye d’utiliser le moins possible Google et autres gros moteurs de recherches. Car plus la base de référence est importante, plus le moteur de recherche consomme. J’utilise des bases de données plus étroites et plus spécialisées, qui évitent de balayer tout le Web. Si je cherche les références d’un livre, je cherche plutôt dans le catalogue de la BNF (Bibliothèque nationale de France) ou sur Amazon (dont la spécialité la plus connue est la vente de livres). Une notion ou une définition? Sur Wikipédia ou dans des dictionnaires en ligne. »

Oui aux logiciels libres

« J’utilise Linux, au lieu de Microsoft. Ce logiciel libre consomme dans une moindre mesure, est bien moins vite obsolète, et ne nécessite pas de mise à jour trop souvent. C’est donc moins gourmand en énergie. Il y a plein d’avantages sur le plan écologique à utiliser des logiciels libres.»

Le noir inutile

La page d’accueil noire «Blackle » de Google, lancée en 2007, un bon plan d’économie d’énergie? «Non. Ces histoires de fonds noirs pour économiser de l’électricité, cela n’a plus d’intérêt. La démarche était valable pour les vieux écrans à tubes cathodiques, où l’énergie servait à éclairer les points. Mais plus sur les nouveaux PC à rétro-éclairage LCD, où le gain est négligeable. Ce qui est noir masque la lumière qui est derrière. Ce n’est pas pertinent. »

Le numérique, avec ses vertus comme ses dérives, est bien sûr devenu inévitable dans notre quotidien « …mais l’essentiel est d’être conscient des répercussions de ses actes et ses “clics ” et d’en parler autour de soi ».A.C.