La violence faite à la Terre et aux hommes

Antoine Buéno est l’auteur de huit livres dont un roman d’anticipation (Le soupir de l’immortel) et trois essais iconoclastes à ne pas prendre au premier degré: Je suis de droite et je vous emmerde, Leçons de mauvaise éducation et, surtout, une décoiffante analyse politique de l’univers des Schtroumpfs, Le petit livre bleu.

Son nouveau roman, Le Maître Bonsaï, est à double détente. Apparemment, il raconte la rencontre entre un vendeur de bonsaïs reclus dans sa solitude intérieure et une jeune fille qui ne cesse de le houspiller, le titiller, jusqu’à l’ébranler dans sa résolution de ne plus appartenir «à l’ordre du règne animal». Après l’avoir rejetée, cet homme méfiant attend désormais sa venue. En réalité, cet étrange face-à-face se joue, comme on le découvre, sur un tout autre terrain, celui de la violence. Celle faite à la Terre qu’endosse l’importune selon un processus d’identification de plus en plus âpre. Et celle faite aux hommes qui a conduit le narrateur à passer «de l’autre côté». Et c’est cette violence, prenant le lecteur au dépourvu, qui donne sa teinte sombre à ce roman aux allures de conte rythmé par une légende imaginaire.M.P.

Antoine Buéno, «Le Maître Bonsaï», Albin Michel, 172 p., 15€.