ITALIE

Matteo Renzi, le «petit Berlusconi»

Matteo Renzi, le «petit Berlusconi»

Jeune, hyperactif et ambitieux, Matteo Renzi dénote dans une classe politique grise et sclérosée. AFP

On le surnomme le «petit Berlusconi ». Matteo Renzi enchaîne les réformes au pas de charge. Pour les Italiens, c’est une bouffée d’espoir.

Il a promis de ressusciter l’Italie en 100 jours. Lors de son investiture, le 24 février, Matteo Renzi s’est engagé à prendre une réforme majeure par mois. De la parole aux actes, l’ancien maire de Florence, qui s’est emparé à 39 ans de la présidence du Conseil pour mener «une révolution immédiate et radicale», avance au pas de charge. Une thérapie de choc jamais vue en Italie. L’ambitieux n’a peur de rien. Qui est-il? Un frondeur ou un sauveur?

Giuseppe Santoliquido, vous êtes politologue, écrivain et spécialiste de l’Italie, comment expliquez-vous que Matteo Renzi soit si vite considéré comme le sauveur?

Il y a un sentiment d’urgence partagé par l’ensemble de la classe politique italienne, de droite comme de gauche. Ils se rendent bien compte qu’après les échecs successifs de Mario Monti, d’Enrico Letta et de Silvio Berlusconi, Matteo Renzi est une des dernières cartes à abattre par la classe italienne et même par le système politique italien tout entier.

Renzi a reçu le soutien de Berlusconi. Etonnant?

Il y a entre Renzi et Berlusconi, je ne dirai pas de l’amitié, mais une sorte de sympathie, de tolérance réciproque, une convergence d’intérêts. Ils ne s’attaquent pas, ni l’un ni l’autre.

Matteo Renzi donne le tournis en enchaînant les réformes, mais sont-elles réalistes?

Dans l’absolu, son programme est réalisable. Le problème avec Matteo Renzi est qu’on ne connaît toujours pas les couvertures financières. On ne sait pas où il va aller chercher l’argent. Chaque fois qu’on lui pose la question, il dit que les journalistes ou les observateurs sont des défaitistes et que l’on finira toujours par s’en sortir. On ne sait pas, par exemple, comment il va financer ces fameux 80 euros qui tomberaient dans la poche des 10 millions d’Italiens les plus faibles. Le problème principal de Matteo Renzi est qu’il avance pas à pas. Il n’a pas de plan d’ensemble. On est dans la pure communication jusqu’à présent. Ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle le «petit Berlusconi ».

Est-ce juste de le comparer à Berlusconi?

Il n’a pas la même histoire culturelle et politique que Berlusconi, mais il en adopte pas mal de traits, y compris dans la manière de tenir le parti. Il est autocratique, ce qui fait très peur au sein du parti démocrate. Je note aussi une sorte de culte de la personnalité un peu berlusconien. Le parti, c’est lui et rien d’autre. Il laisse très peu de place au débat interne. Des personnes ont été mises sur le côté parce qu’elles n’étaient pas d’accord avec lui. Mais il est extrêmement populaire, ce qui joue en sa faveur Il tient le parti électoralement. Avec lui, le parti gagne. Sans lui, ce serait une déroute terrible pour le parti démocrate.

Quels sont ses points forts?

Sa principale qualité est sa virginité politique. Il est perçu par les Italiens comme n’étant pas coresponsable du marasme des 20 dernières années. Il vient du niveau local, de Florence, mais il n’a jamais siégé, jamais gouverné au niveau national. Or, Matteo Renzi est un apparatchik de la démocratie chrétienne depuis son plus jeune âge. Sa deuxième qualité, son principal atout politique, comme pour Manuel Valls ou Nicolas Sarkozy, c’est son énergie. Il réforme et il fonce.

Cette façon de tout chambouler libère-t-elle le pays de ses vieux démons?

Il apporte indéniablement une bouffée d’espoir. Par ailleurs, dans une classe politique grise, sclérosée, âgée, il dénote.

Est-ce un séducteur ou un dirigeant qui ose?

Il tient un peu des deux. Au niveau de la forme, il a une technique de marketing politique très proche de celle de Berlusconi. En fait, c’est un fils de Berlusconi et du berlusconisme, c’est un fils de la télévision, de cette mue anthropologique que Berlusconi a réalisée avec la télévision. Au niveau du fond, il crée une sorte de tourbillon, d’agitation constante, mais concrètement, il n’y a encore rien.