Le positivisme, sans se mentir

L’optimisme, un état d’esprit? Une aptitude congénitale? Tout faux. C’est une discipline. Un sacré boulot. drubig-photo - Fotolia

On ne peut pas indéfiniment faire semblant de «positiver» sa vie. Ça ne passe pas la rampe des vrais coups durs. Il y a un parcours. Patrick et Anne-Marie racontent.

«Mon quarantième anniversaire ne fut pas un jour de joie. Un invité inattendu, Parkinson, venait de gâcher la fête. À cet âge, personne ne s’attend à être frappé d’une maladie dite de vieillesse.»

Du jour au lendemain, tout part en vrille pour Patrick Demoucelle, top consultant belge dans un gros cabinet de conseil en stratégie et management (Bain & Company). Sa femme Anne-Marie est alors cadre dans une compagnie d’assurances.

C’est là qu’on se dit: tiens, voilà encore une histoire triste, une autre vie brisée, l’énorme tuile, le coup de massue qui vient ruiner les projets d’une famille. Etc.

Et puis non. Enfin, pas seulement. Ce n’est pas pour autant que cette histoire-ci se termine bien. «Je ne connais pas la fin de mon histoire. Je me trouve toujours dans le désert. Je ne sais pas où est la sortie », résume Patrick. Mais dans son désert («et ce n’est pas l’histoire d’un homme perdu au milieu du désert…») , il a appris beaucoup sur le pouvoir du positivisme. Ça ne le guérit pas (encore) de la maladie de Parkinson. Mais il y a un gros bonus à tirer de tout cela.

On ne commence pas par l’optimisme

Sur le plan professionnel, Patrick et Anne-Marie Demoucelle ont accumulé une belle expérience en gestion d’entreprise. Et c’est dans cet esprit que le couple décide de réagir à la catastrophe: ils vont lancer leur propre boîte et donner des conseils et des formations dans le monde entier.

Leur core business: la pensée et la culture positives. «Ça se travaille sans cesse », décrivent les auteurs de Positif, le livre qui résume leur théorie.

Et si les agences de notation ont leur «triple A», les Demoucelle ont leur modèle «triple O», comme Objectivité, Ouverture d’esprit et Optimisme.

Simplisme? Méthode Coué? Le contraire, soutiennent Patrick et Anne-Marie Demoucelle. C’est pour ça que le modèle s’ouvre avec l’objectivité: voir la situation telle qu’elle est, revenir aux faits et aux données objectives. C’est un point de départ essentiel avant d’espérer atteindre les deux autres paliers. Dans cet ordre-là et pas à l’envers. On ne commence pas par l’optimisme, recommandent Patrick et Anne-Marie. «Parce qu’un optimiste non objectif est tout simplement un naïf! »

«Plus jamais l’herbe ne sera verte»

Les auteurs prennent un exemple concret pour appliquer leur grille des trois O: un jardin, votre jardin, où l’herbe se fait rare. En fait de gazon, c’est une triste pelade.

Objectivité d’abord: « Toutes ces tâches brunes dans l’herbe sont là et vous ne pouvez pas le nier ou l’ignorer. Vous pouvez vous mentir ou refuser de les voir, cela ne les fera pas disparaître du gazon. »

Deuxième étape: l’ouverture d’esprit. « Peut-être avez-vous déjà tenté sans succès toutes sortes d’interventions pour garder votre herbe verte. Si cela n’a pas marché, continuez à chercher. Renseignez-vous. Questionnez ceux chez qui l’herbe est impeccable, découvrez comment ils s’y sont pris. Empressez-vous d’aller chercher des informations nouvelles et inconnues. Peut-être devrez-vous simplement accepter que la seule solution est de semer une nouvelle pelouse, mais au moins vous aurez essayé de tout mettre en œuvre.»

Troisième étape: l’optimisme. «Aussi longtemps que vous continuez à penser que plus jamais votre herbe ne sera verte, il y a de grandes chances que vous consacriez peu d’efforts pour y parvenir. Avec la vérité objective sous les yeux et les nouvelles informations à votre disposition, vous devez agir en toute confiance. Cela signifie que vous vous y attelez avec beaucoup d’énergie et de conviction: l’herbe peut redevenir verte, le problème était seulement momentané et finalement pas si dramatique. »

Nouvelle vie, nouvelle mission

Le positivisme serait donc aussi une technique aussi accessible que ça? Un jeu d’enfant? Ce serait plutôt un gros boulot, un véritable entraînement (lire ci-contre), rappellent Patrick et Anne-Marie. Mais on en tire de précieux bénéfices.

Et c’est un homme atteint d’une maladie dégénérative et incurable qui le certifie. Patrick vit des moments terrifiants de paralysie, des journées où ses bras, sa nuque n’obéissent plus à aucun ordre, où son corps n’est plus qu’un terrible spasme, une succession de mouvements incohérents. Il connaît des nuits misérables où la douleur prend toute la place.

Mais il peut aussi se démener, participer à des joggings, profiter de ce joli morceau que sa fille joue au piano, mobiliser son propre corps et l’esprit des autres… «Je suis en mission. Cette nouvelle vie est un nouveau départ.» Son objectif est explicite: « Ne pas mourir avant d’être mort ».

«Positif», Patrick et Anne-Marie Demoucelle, Racine.