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Dans «Là où la lumière se pose», Véronique Biefnot entraîne son héroïne dans la forêt namuroise, clôturant une trilogie mêlant suspense et quête identitaire.

Naëlle, jeune hermaphrodite rescapée d’un sordide fait divers; Simon, son riche amoureux romancier à succès; Lucas, le fils ado de celui-ci qui a du mal à accepter que son père, veuf, ait une copine; le couple ami, Céline et Grégoire; et même le chat Nicolas, un main coon à l’intelligence particulièrement développée: les lecteurs de Véronique Biefnot sont familiers de ce petit monde qui constitue l’ossature de sa trilogie entamée en 2011 avec Comme des larmes sous la pluie, poursuivie l’année suivante avec Les Murmures de la Terre et dont Là où la lumière se pose offre aujourd’hui la conclusion.

Ce cycle, qui suit le chemin long, douloureux et non sans risques emprunté par son héroïne dans sa quête d’identité, son auteure l’avait en tête dès l’origine. «L’histoire m’était apparue comme telle: trois lieux, trois ambiances, trois dynamiques différentes, un peu comme les actes d’une pièce de théâtre», raconte la comédienne qui a abandonné les planches pour se consacrer pleinement à l’écriture (1).

Au début du troisième et dernier tome, Naëlle n’est pas sereine, malgré l’amour de Simon et l’affection de Céline qui lui apprend à conduire et l’initie à la spéléo. Pour savoir qui elle est vraiment, celle qui, enfant, s’est appelée Nathanaël, a besoin de percer «le voile d’ombre» qui enveloppe son enfance. Et ce chemin, elle en est convaincue, passe par des retrouvailles avec sa sœur qui était enfermée avec elle dans la cave mais dont elle a perdu la trace depuis leur libération. Sa quête la mène dans une sorte d’éco-village aménagé en pleine forêt près de Profondeville. Sa sœur, à qui elle ne dévoile pas son identité, semble heureuse auprès de son mari et de leur fille. Mais très vite, tout ce bonheur affiché lui semble factice. Pourquoi cette communauté peuplée d’enfants ne compte-t-elle pas la moindre personne âgée? À quoi travaillent les hommes à la ville? En quoi consiste cette étrange fête d’Ostara «qui consacre la renaissance du Dieu Soleil et ramène la fertilité de la Terre Mère»? Qui est ce Père dont il est régulièrement question mais qu’on ne voit jamais, ce Guide vénéré qui leur a rendu leur «fierté»? Et qui a glissé dans la poche de la jeune femme un message l’enjoignant à s’en aller «vite»? Quels risques court-elle?

Alternant différents points de vue, laissant résonner une voix mystérieuse aux paroles bien énigmatiques, Là où la lumière se pose entraîne le lecteur dans un suspense haletant qui le conduit vers des révélations tout à fait inattendues. Véronique Biefnot a en effet choisi la voie du mystère pour parler de choses qui lui sont chères: la reconstruction d’un être né avec de très mauvaises cartes en mains ou la question de la frontière parfois floue entre les identités masculine et féminine. Ou encore les immenses capacités de l’esprit que développent notamment les pratiques chamaniques qu’elle a elle-même expérimentées lors du troisième cancer de sa mère. Son éditrice parle de «thriller sentimental». «Cela reste avant tout un bouquin de divertissement qui déconnecte de la réalité», sourit-elle, encore toute surprise d’avoir écrit «le type de livre que j’aimerais lire».

(1) Elle est aussi l’auteure d' «Elie Owl, l’Animalter» (Myriapode) et de «Sous les ruines de Villers» (Luc Pire). Véronique Biefnot, «La où la lumière se pose», Héloïse d’Ormesson, 315 p.