Nucléaire

Tihange 2 et Doel 3 à l’arrêt : malaise

Un test de résistance qui ne répond pas à l’attente, et les réacteurs de Tihange 2 et Doel 3 sont mis à l’arrêt. Moins de dix mois après avoir été relancés.

Simple «mesure de précaution», commente l’exploitant Electrabel, en annonçant l’ «anticipation des arrêts programmés, respectivement pour le 26 avril et pour le 31 mai de maintenance des réacteurs de Doel 3 et Tihange 2».

Il n’empêche: cette mise à l’arrêt anticipée pose questions. Car les deux réacteurs ont été relancés il y a moins de dix mois, après une mise à l’arrêt de près d’un an, en raison de la découverte de microfissures dans leur cuve. «Une relance autorisée par l’Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN)», insiste Anne-Sophie Hugé, porte-parole d’Electrabel. Ce qui impliquait des tests de sécurité fiables: «tout ce qu’on pouvait imaginer a été testé et calculé», avait posé le directeur de l’Agence, Jan Brens, devant la sous-commission Sécurité nucléaire de la Chambre. Cherchez l’erreur?

Quarante ans en un mois

Au moment du redémarrage, le 7 juin 2013, Electrabel et l’AFCN avaient convenu d’un «programme de tests supplémentaires, visant notamment à évaluer le comportement dans la durée des cuves concernées par les défauts dus à l’hydrogène», précise encore le producteur.

Un échantillon, qui présente les mêmes microfissures que les cuves visées, a ainsi notamment «été irradié de manière intensive, au Centre d’étude nucléaire de Mol, pour subir en un mois une irradiation équivalente à quarante années d’irradiation», précise Anne-Sophie Hugé. Et un des tests concernés, qui porte sur la résistance mécanique, «n’a pas donné un résultat conforme à ceux enregistrés dans diverses études internationales pour des tests similaires réalisés à l’étranger».

D’où la décision de mise à l’arrêt anticipée, «par mesure de précaution, dans l’attente de résultats complémentaires», explique la porte-parole.

De nouveaux tests de résistance vont être effectués dans les prochaines semaines; «leurs résultats sont attendus à partir du 15 juin, mais nous attendrons le temps nécessaire pour relancer les réacteurs dans les conditions de sécurité requises».

De toute manière, les arrêts de maintenance normalement prévus devaient durer six semaines, ce qui conduisait à la mi-juin pour Doel 3 et au début août pour Tihange 2, «et entre-temps, on ne connaîtra aucun problème d’approvisionnement en électricité. D’autant qu’en période estivale, la consommation subit régulièrement un creux», ajoute Anne-Sophie Hugé.

Le discours du producteur se veut rassurant. Il ne suffit pas à désarmer les critiques «vertes», qui réclament la fermeture immédiate des centrales concernées (cf. ci-contre).

À supposer qu’ils puissent redémarrer à la mi-juin, les réacteurs de Tihange 2 et Doel 3 n’en auront pas moins fonctionné que pendant moins de dix mois d’août 2012 à juin 2014. Le constat suscite des questions légitimes. Et il nourrit le malaise.