Les aidants proches enfin reconnus

Les aidants proches enfin reconnus

« Ce sera un premier pas pour des milliers de personnes qui sont des héros du quotidien», annonce Philippe Courard. Reporters / BSIP

Ils sont des milliers. Les aidants proches sont les héros du quotidien. Ils auront désormais un statut. Le projet de loi est voté aujourd’hui en commission.

Le statut d’aidant proche sera enfin adopté aujourd’hui en commission des affaires sociales. Le secrétaire d’État en charge des personnes handicapées, Philippe Courard (PS), dont c’est le projet phare, n’en doute pas. Il soumet également une note d’orientation pour réformer de fond en comble la loi qui régule les allocations des personnes handicapées. Une sorte de testament pour son successeur sur cette matière sensible.

Philippe Courard, votre statut pour les aidants proches devrait être adopté sur le fil de la législature. C’est un projet discuté depuis très longtemps…

Ma touche personnelle, c’est d’avoir travaillé avec les gens du terrain, d’avoir entendu les besoins et les souhaits concrets des personnes concernées. Il n’existait aucune législation qui définisse ce qu’est un aidant proche. Il s’agit de reconnaître ces personnes qui donnent leur temps pour aider une maman malade, un fils handicapé, un voisin dépendant. Ce sera un premier pas pour des milliers de personnes qui sont des héros du quotidien et qui rencontrent un tas d’embûches, d’ennuis avec le chômage, les pensions, les allocations.

Combien sont-ils, ces aidants proches ?

On estime à 4 % la population en situation de dépendance. Donc cela fait beaucoup de personnes. Avec cette définition, on va pouvoir savoir combien sont ces personnes. Mais attention, j’insiste, donner un statut aux aidants proches ne débarrasse nullement le monde politique de ses missions en institutions. Moi je veux un maximum de places pour accueillir les personnes en grande dépendance en institution. Nous devons poursuivre nos efforts. Les besoins sont grands et vont croître avec le vieillissement de la population.

Mais donnons aussi aux personnes qui font le choix d’offrir des années de leur vie pour accompagner des personnes très dépendantes. Le statut doit permettre de reconnaître ce temps donné qui a de grosses conséquences dans une carrière, par exemple. Ce sont les mutualités qui délivreront ce statut.

Vous apportez un statut. Mais vous n’ouvrez aucuns droits en même temps, aucune aide financière.

Ce sera pour le prochain gouvernement. Il s’agira de définir comment on facilite la vie des aidants proches. Par exemple, dispenser un demandeur d’emploi qui est aidant proche de faire des démarches pour prouver sa recherche d’un emploi et ne pas être éjecté du chômage. Ou prendre en compte ce temps donné dans le calcul de la pension. Les coûts devront être calculés. Mais en attendant, ce statut va satisfaire des milliers de personnes qui reçoivent ainsi une reconnaissance sociale. C’était leur première demande, bien avant les sous.

C’est bien beau. Mais la vérité, c’est que ce gouvernement n’avait pas d’argent, non ? Vous n’êtes pas frustré ?

Le fait de ne pas avoir d’argent nous a imposé de réfléchir à des solutions pour rendre tout plus efficace, à réorganiser le travail, avec le même nombre de personnes. Et aujourd’hui, le personnel qui était inondé de coups de fil retrouve du temps. On a collaboré avec les mutuelles qui ont vraiment bien travaillé.

Vous êtes satisfait, alors ?

Quand je me regarde dans la glace, je me dis qu’on a bien travaillé. Je suis content. Deux ans, c’est court. Et nous sommes parvenus à mener un processus de réflexion profond. On aurait pu décider tout d’autorité avec quelques experts universitaires. Mais on a choisi d’envoyer près de 5000 demandes aux associations, communes, maisons d’accueil… Et on a reçu 1500 réponses. Il s’agit de réviser tout le système des allocations des personnes handicapées qui date de 1987 et génère un tas de situations pesantes ou absurdes. Ma note sera discutée aujourd’hui.

Cela aussi, vous le laissez pour votre successeur, alors….

Elle devra être mise en œuvre de manière progressive en entrer en vigueur le 1er janvier 2017. La première étape est la modernisation de l’outil informatique de la direction générale des personnes handicapées. Ce système « Handicare » date de 1984. J’ai obtenu 7 millions. Le système sera opérationnel en 2016 et permettra d’échanger les informations, de simplifier les démarches des personnes handicapées et de raccourcir les délais. Pour obtenir une allocation, il y a deux ans, il fallait 14 mois. On est aujourd’hui à un délai de 4 mois. Et on va encore améliorer ça. ¦