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Paralympiques 2014: premières médailles à Sotchi, à l’ombre de la crise en Crimée

Paralympiques 2014: premières médailles à Sotchi, à l’ombre de la crise en Crimée

Akira Kano a été médaillé. AFP

Après une cérémonie d’ouverture assombrie par la crise entre Russie et Ukraine, la compétition a débuté samedi à Sotchi avec déjà quatre médailles d’or pour le pays hôte de ces Jeux Paralympiques d’hiver.

Quelques heures après l’ouverture officielle de ces Jeux par le président russe, Vladimir Poutine, vendredi soir, difficile pourtant d’ignorer les événements dans la Péninsule de Crimée, de l’autre côté de la mer Noire, en Ukraine.

Afin de marquer le coup, la délégation ukrainienne avait d’ailleurs décidé vendredi de faire défiler un homme seul, le skieur et biathlète Mykhailo Tkachenko, 37 ans. «C’était une décision de l’équipe. Nous en avons parlé, et il a dit qu’il voulait y aller», expliquait samedi matin Oleksandr Onischenko, traducteur pour l’équipe ukrainienne.

«Mais aujourd’hui nous voulons parler de sport, l’équipe est là pour se battre pour des médailles, il ne s’agit pas spécifiquement de battre les Russes», a-t-il insisté.

La Russie, désormais grande puissance des sports d’hiver paralympiques et désireuse de terminer en tête du tableau des médailles, comme elle l’a fait lors des JO pour valides, il y a 15 jours, n’a pas traîné pour imprimer sa marque, avec quatre des cinq premiers titres décernés en biathlon.

« J’applaudis Russie et Ukraine »

Les vainqueurs ont par contre été plus variés en ski alpin, avec le Japonais Akira Kano vainqueur de la descente messieurs assis ou la Française Marie Bochet victorieuse dans l’épreuve de descente debout.

Si la neige était toujours bien là sur les pistes, après les JO d’hiver classiques, l’herbe était très dégagée sur les à-côtés et les chants des oiseaux donnaient une atmosphère très printanière à ces Jeux censés être d’hiver.

Du côté des supporteurs russes, nombreux à venir voir les épreuves de biathlon, on ne voulait pas prendre parti dans cette crise entre Moscou et Kiev au sujet de la Crimée.

«Je suis tellement inquiète pour l’Ukraine, et hier, quand j’ai vu qu’un seul athlète ukrainien a défilé, j’en ai pleuré», a témoigné Natalia Kazimirova, une jeune Russe, les joues peintes aux couleurs de son pays. «Et j’applaudis les deux équipes, Russie et Ukraine, la politique ne compte pas pour moi».

Si Poutine a espéré que ces Jeux paralympiques aideront «à apaiser les tensions» autour de la politique de la Russie en Ukraine, pour les athlètes russes, c’est d’abord de visibilité pour les personnes handicapés qu’il s’agit, dans un pays où la transparence n’a pas toujours été de mise autour de cette question.

« Casser les stéréotypes »

Pour Sergei Shilov, skieur de fond et six fois champion olympique, choisi pour allumer le chaudron olympique vendredi lors de la cérémonie d’ouverture, ces Jeux Paralympiques sont vitaux pour le sport handicapé en Russie.

«Le plus important est de casser les stéréotypes entretenus par les valides, et c’est pourquoi l’héritage de ces Jeux sera d’obtenir un environnement accessible pour tous», expliquait-il samedi: «A l’époque soviétique, la politique officielle était qu’il n’y avait pas d’handicapés, et soudainement ils sont sortis de nulle part, et ils ont commencé à demander de l’attention».

«Sotchi sera un catalyseur, cela permettra un grand bond en avant. Cela serait de toutes façons arrivé, mais plus lentement, cela aurait pris des années», se félicitait Sergei Shilov samedi.

La Russie avait été absente des Jeux Paralympiques jusqu’en 1988 à Séoul, pour les Jeux d’été, au début de la Perestroika. Les handicapés restaient alors le plus souvent confinés dans leurs appartements, ou dans des centres spécialisés, invisibles du reste de la société.

Mais les préjugés envers les personnes handicapées persistent toujours en Russie, un pays qui n’a commencé que récemment à investir dans des infrastructures assurant un égal accès aux personnes non valides.