JUSTICE

Matches truqués : coup de pied dans la fourmilière

Matches truqués : coup de pied dans la fourmilière

L'avocat de Pietro Allatta a très bien plaidé la cause de son client. Belga

Pour la défense de Pietro Allatta, Me Martins avait un cocktail explosif de révélations cinglantes. Dernière audience ce vendredi matin.

À peine remis d’une vilaine pneumonie, l’avocat de Pietro Allatta était encore assez pâle mais le moins qu’on puisse dire est qu’il en avait sous la pédale, hier, pour réclamer l’acquittement pratiquement sur toute la ligne du «Sicilien» à la sombre réputation.

Premier point fort de l’intervention du bavard de Perpignan: la période – très courte – de détention de «Pepe» Allatta. Le ténor du barreau de Bruxelles est consulté immédiatement par l’inculpé, au moment du mandat d’arrêt, en mars 2006. Et il demande de pouvoir consulter le dossier, en vue de demander sa libération en chambre du conseil, dans la semaine qui suit. Un magistrat du parquet fédéral lui explique alors qu’il est favorable à la levée d’écrou, moyennant une caution.

L’avocat bondit de sa chaise et insiste pour consulter le dossier parce qu’il flaire une embrouille, en regard d’une proposition aussi généreuse dans un dossier aussi médiatique dont l’onde de choc se propage dans le monde entier. À force d’insister pour cette seule lecture du dossier, la juge d’instruction remet le quinquagénaire en liberté sans condition!

Pour mémoire, Allatta n’est inculpé à ce moment-là que de faux, d’abus de confiance et de menaces. Il n’est pas encore question de corruption…

Puis, Me Martins révèle que la magistrate lui signale qu’elle n’a pas grand-chose contre son client pour le volet le plus important, les matches truqués, faut-il le dire… Elle insiste: «Ce qui m’ennuie, c’est que vous êtes toujours avec Yé.» Allatta de rétorquer avec la verve qu’on lui connaît: «Et si je suis photographié avec le pape, je suis évêque, peut-être?»

Finalement, l’intéressé sera inculpé pour deux pactes de corruption et pour organisation criminelle. «Mais il n’y a pas un mot dans le dossier sur une remise d’enveloppe par mon client. Personne ne le cite! », s’indigne Me Martins. Plus fort encore: «Ce réquisitoire acrobatique vise à la fois l’organisation criminelle et l’association de malfaiteurs. Ce n’est pas sérieux. En droit pénal, c’est l’un ou l’autre mais pas les deux à la fois!». Le ballon est lâché…

Le calibre sous l’oreiller

Me  Martins a été moins convaincant sur le chapitre des extorsions. Après sa condamnation en 2000 pour le dossier des négriers dans la construction, Allatta s’est reconverti dans la «récupération musclée de créances», c’est-à-dire secouer les mauvais payeurs, sur injonction des créanciers et moyennant commission.

Deux délits de cet ordre sont mis à sa charge. L’un relatif à des travaux de rénovation dans un immeuble sur la Côte et le fameux volet Harald Suain qui aurait tardé à verser 25 000€ à Laurent Denis. Le plaideur a estimé que les «visites» de son client étaient maladroites et inopportunes mais les menaces pas démontrées. Enfin, il y a des aveux pour la détention de l’arme à feu et des infractions fiscales. Me Martins imagine une simple déclaration de culpabilité sans peine, vu le délai déraisonnable pour juger.

Nos dernières videos