SOCIETE

Le smartphone divise les aides familiales

Le smartphone divise les aides familiales

«Certaines préféreraient démissionner plutôt que d’utiliser le smartphone », explique une aide familiale.

Équiper les aides familiales de smartphones. Le projet, en test, suscite des craintes chez certaines travailleuses.

Nous vous annoncions vendredi dernier qu’un millier d’aides familiales seront équipées de smartphones d’ici le mois de juin. Avec ce projet, la CSD de Liège et le Service d’aide aux familles et seniors du Borinage (SAFSB) veulent remplacer les documents papiers, calculer les déplacements de leurs employées grâce à la géolocalisation et valider leurs prestations en les faisant scanner un QR code.

Selon les deux institutions, qui espèrent étendre ce projet à la Wallonie, le système aurait été accueilli favorablement par les aides familiales. Mais la réalité sur le terrain est différente et plusieurs d’entre elles ont décidé de témoigner, anonymement. «Trois quarts des aides familiales ne veulent pas de ce système, déclare Stéphanie*, qui sera bientôt équipée d’un Smartphone. On n’a pas eu le choix et on ne nous a pas demandé notre avis.»

Sous pression

Selon elle, des dizaines de ses collègues seraient contre l’utilisation de ce smartphone. «Elles n’osent pas parler par crainte de perdre leur boulot », justifie Yvette*, qui teste actuellement l’outil. Cette dernière dit se sentir sous pression tout au long de la journée. «Les retards sont comptabilisés systématiquement. Or, nous ne savons pas prévoir les bouchons, etc. Désormais, certaines partent plus tôt pour être sûres d’arriver à 8h pile! », dit-elle.

Stéphanie* dénonce aussi la perte de liberté de gestion du temps de travail: «Parfois, le bénéficiaire nous laissait partir 15 minutes plus tôt. Maintenant que c’est comptabilisé, je ne jouirai plus de ce petit avantage ».

D’autres pointent du doigt le budget investi dans ces smartphones. «Je préfère qu’on m’offre des chaussures adaptées plutôt qu’un téléphone », dit Linda*, qui devrait être équipée dans quelques semaines. Les problèmes techniques sont également dénoncés. «Le comptage kilométrique est farfelu. Il s’arrête par exemple quand on est dans un sous-terrain et ne reprend pas par la suite », raconte Yvette*.

Certaines évoquent le barrage de la technologie. « Des collègues n’ont même pas d’ordinateur chez elles. Je suis sûre que les plus anciennes d’entre nous ne voudraient pas que le projet se concrétise», explique Linda*.

Une perte de confiance?

Plusieurs aides familiales parlent d’une perte de contact humain. « Avec le smartphone, on perd ce quart d’heure où l’on s’asseyait avec le bénéficiaire pour compléter les papiers», raconte Stéphanie*.

Le respect de la vie privée inquiète également les travailleuses. « On a l’impression qu’on nous met une puce et qu’on nous suit partout », dit Yvette*.

«Personnellement, ça ne change rien à mon travail, indique Béatrice* qui teste actuellement le smartphone. On aurait pu continuer avec le papier. Je pense qu’ils ont fait ça parce que de plus en plus de bénéficiaires se plaignaient des retards et que la direction perdait confiance en certaines travailleuses. » Entre inquiétudes et pression, le projet n’est pas encore accepté par toutes les aides familiales. Certaines, par contre, ressentent positivement l’implémentation du système. «J’avais peur au début de ne pas scanner les dossiers à temps. Mais ça ne revient pas à 2 minutes , souligne Mélissa Magro, aide familiale du service de Colfontaine. Le fait d’être géolocalisée ne me pose pas de problème. Je n’ai rien à cacher. J’avais des a priori mais finalement c’est une belle expérience. »

(*) Nom d’emprunt