ROMAN

«Le village évanoui » : un village coupé du monde

«Le village évanoui » : un village coupé du monde

«Ma disposition d’esprit me pousse vers le fantastique et l’imaginaire», confie Bernard Quiriny. Hermance Triay

Prisonniers de quelques kilomètres carrés, des villageois se divisent. «Le village évanoui » est la nouvelle fable politique du Belge Bernard Quiriny.

C’est par des nouvelles réunies dans L’Angoisse de la première phrase que Bernard Quiriny se lance en 2005 dans l’arène littéraire. «Cela me paraissait plus facile, ce qui n’est pas vraiment le cas comme je m’en suis rendu compte plus tard, explique-t-il. Mais, surtout, mes histoires développent un univers fantastique qui implique le format court. Lorsque j’écris, presque instinctivement je suis porté à faire un petit pas de côté, à envisager les choses d’une manière décalée.»

Malgré l’échec de ce premier livre, il récidive avec un autre recueil, Contes carnivores, qui, lui, se voit attribuer le Prix du Style… et le Rossel. Cet enseignant de droit public à Dijon est donc Belge! «Je suis né le 27 juin 1978 et mes parents ont quitté la Belgique en octobre ou novembre de cette année-là, précise-t-il. Mais comme toute ma famille y habite, j’y vais au moins une fois par an. Je n’avais donc qu’une idée assez lointaine de ce qu’était le Rossel. Mais il m’a fait très plaisir.»

C’est donc moins pour se réapproprier ses racines que parce que la Belgique est un petit pays s’y prêtant bien par son côté «surréaliste», que Bernard Quiriny en fait une dictature dominée par les femmes dans son premier roman, Les Assoiffées. Et, l’an dernier, après d’autres nouvelles (Une collection très particulière), il sort de l’oubli Henri de Régnier avec Monsieur Spleen. Extrêmement connu à la fin du XIXe siècle, ce poète symboliste également romancier a été ringardisé après la Première Guerre mondiale, entrant dans un purgatoire littéraire dont il n’est jamais sorti.

S’arrimant une nouvelle fois dans le fantastique, Le Village évanoui, son deuxième roman, est une fable politique désespérément réaliste. Ne pouvant plus quitter leur bourg, les habitants de Châtillon-sur-Bierre passent de la stupeur au désarroi. Vaille que vaille, ils tentent de s’organiser, notamment pour faire face au progressif épuisement des stocks alimentaires. Mais bientôt, sous la bannière d’un agriculteur, une partie de la population se retranche dans un ranch de plusieurs hectares qui vit en autosuffisance. La discipline y est sévère, transformant ce qui aurait pu être une forme d’utopie communautaire en un mini-État autoritaire.

«Je ne crois pas que ce soit inéluctable, de nombreuses communautés humaines ont vécu de manière parfaitement harmonieuse, remarque l’auteur. En revanche, dans notre société basée sur la propriété et la compétition sociale, il est fatal qu’il y ait une tendance au repli sur soi et à la division. D’ailleurs, la quantité de richesses disponibles sur cette terre est mille fois suffisante pour nourrir la totalité de la population et lui assurer un niveau de vie tout à fait satisfaisant. Et pourtant, une partie de la planète crève de faim tandis que l’autre vit dans l’opulence.»

Bernard Quiriny, « Le village évanoui », Flammarion, 218 p.