DEFENSE

De Crem fait des généraux francophones en chocolat

De Crem fait des généraux francophones en chocolat

Belga

Pour répondre au déséquilibre flagrant, le ministre De Crem est en train de nommer des généraux francophones en chocolat. Et c’est tout.

Denis Ducarme (MR) en a fait sa bataille de toute une législature: rétablir l’équilibre linguistique au sein de l’armée. Il a croisé le fer tant et plus avec le ministre de la Défense Pieter De Crem (CD & V). Son bilan aujourd’hui est morose. Les nouveaux généraux francophones qui seront mis en place le 26 mars prochain, ne changeront rien de fondamental. Les plus hauts gradés, ceux qui comptent vraiment, restent néerlandophones.

La mise en place imminente de deux généraux de brigade francophone, la colonelle Corine Faut et le colonel Laureys doit rééquilibrer l’ensemble. En apparence seulement, dénonce Denis Ducarme. Car la représentation francophone dans les fonctions clefs de la défense reste aux mains des néerlandophones. Par exemple, le général-major Vindevoghel, aux commandes de l’école royale militaire, un poste essentiel, sera remplacé par un flamand.

«Les francophones mis en place par De Crem sont des généraux de brigade, des une étoile, des généraux en chocolat parce qu’ils n’ont pas le pouvoir des autres. Ils ne font pas partie du comité directeur de la Défense, ils n’occupent pas des fonctions clefs, égratigne Denis Ducrame. Alors qu’il faut un rééquilibrage quantitatif et qualitatif, le ministre de la défense se limite à corriger, un peu, la quantité. »

Notons au passage que les nouveaux venus ne seront pas nommés mais «encommissionnés » parce que le ministre De Crem ne convoque plus les comités ad hoc de généraux qui nomment. «Le choix du commissionnement ne se justifie pas et n’est clairement pas un bon signal », estime Ducarme.

Les récentes désignations des officiers supérieurs en poste à l’étranger (les attachés militaires) maintiennent également le déséquilibre linguistique. En 2013, on avait 20 officiers néerlandophones et 7 officiers francophones. En 2014, on est toujours à 20 officiers néerlandophones et seulement 6 francophones. «C’est un échec. Le ministre De Crem a aggravé la situation. Il n’y a pas eu de volonté réelle de respecter ce qui avait été aggravé dans l’accord de gouvernement», appuie le parlementaire libéral francophone.

Du côté du ministre De Crem, on explique qu’on ne peut pas inverser le système en deux minutes. « On ne peut pas mettre des généraux à la porte pour des questions linguistiques. On vit avec la réalité. Il faut attendre la relève. L’armée compte 32 000 personnes et ne se résume pas aux généraux. Par ailleurs, nous suivons les recommandations de la commission linguistique », assure le porte-parole du ministre CD & V.

Elio Di Rupo n’a-t-il pas de clients électoraux au sein de l’armée ?

Denis Ducarme n’est pas d’accord: «Chez les militaires francophones, il existe un vrai découragement parce qu’ils se sont sentis dépréciés depuis de longues années. Nombre d’officiers francophones ont préféré quitter l’armée.» Au-delà du ministre de la Défense, Denis Ducarme s’en prend à l’inertie du Premier ministre PS. «De toute la législature, Elio Di Rupo n’a pas dit un mot sur ce dossier. Pourquoi? Pourquoi? Parce qu’il a moins de clients électoraux au sein de la Défense? Pourtant sur un dossier qui a à ce point marqué les esprits, et le sud du pays, un geste, un mot auraient été judicieux de la part du Premier ministre..»