POLITIQUE

Demotte : « Le MR pas infréquentable mais indésirable »

Demotte : « Le MR pas infréquentable mais indésirable »

Belga

A quelques semaines des élections, Rudy Demotte bombe le torse. Et remet les points sur les "i" !

Rudy Demotte, votre alliance triple EEE, ça ressemble au « Pacte pour la Wallonie » de Jean-Claude Marcourt, non ?

Ce n’est pas un hasard. Il s’inscrit aussi dans la foulée du Plan Marshall 2022. C’est un des éléments de carburant de 2022. D’autres devront venir. Et tout est le bienvenu. Ouvrons un champ de débat. C’est intéressant que d’autres y contribuent. Simplement, je suis le ministre président et donc le pilote du Marshall 2022.

Justement, vous avez envie de mener votre proposition à bien en tant que ministre président reconduit après le 25 mai ?

Je ne revendique rien. Je suis évidemment de ceux qui veulent porter le projet wallon. J’ai presque honte à dire que c’est une évidence. Je ne désigne pas les ministres. Mais c’est vrai que j’en envie de continuer à servir la Wallonie comme je l’ai fait.

Avec votre Alliance Education-Economie-Emploi vous voulez notamment stimuler le monde entreprenarial et les PME. C’est une manière de brasser large et de ramener à gauche le monde indépendant ou c’est un appel du pied au MR pour lui montrer que vous partagez des valeurs dans la perspective d’après 25 mai ?

Ni l’un ni l’autre. La volonté est de montrer qu’en faisant le choix des socialistes, on a un spectre qui permet de défendre des catégories sociales différentes dont le point commun est qu’elles dépendent toutes de leur travail. On n’encourage pas l’argent pour l’argent, les démarches spéculatoires, ce qui nous distingue de la droite. Elle ne fait pas que ça, certes. Mais nous voulons des règles qui ne sont ni strangulatoires pour le travail, ni étouffantes pour la protection des travailleurs contre une vision qui prône la production d’argent pour l’argent sans passer par le travail. En agissant ainsi, on ne peut pas dire que la gauche est inattentive au développement économique, que nous ne faisons que théoriser. C’est la gauche des mains dans le cambouis. Et en même temps c’est une gauche qui n’est pas braquée sur l’assistanat. On n’est pas là pour coller des rustines au système capitaliste défaillant ou servir les intérêts de ceux qui veulent produire de l’argent sans songer à ceux qui travaillent, salariés ou indépendants.

Avec la droite, c’est plutôt à couteaux tirés pour l’instant. Les invectives volent dans les deux sens...

C’est vrai qu’on a droit à des coups de Jarnac qui ne sont pas agréables. Quand je lis Didier Reynders qui dit que de Wever pourrait être un bon Premier, ça me choque. Alors que nous avons un Premier ministre francophone, qu’un autre francophone dise qu’un Flamand serait meilleur simplement parce qu’il est de droite, ça me choque. Quand on dit que la Wallonie c’est la Corée du Nord ou que ses routes sont pires qu’en Albanie, ce ne sont pas des mots d’amour à son égard. Quand j’entends Charles Michel dire à propos du bon ranking de la Wallonie dans les régions attractives que des pays africains font aussi bien, je trouve qu’il pourrait être un peu plus empathique à l’égard de la Wallonie. On ne peut pas à la fois dire ça et dire qu’on aime la Wallonie. Raison pour laquelle je ne dirai pas que les libéraux ne sont pas infréquentables, mais leur comportement les rend indésirables.

Mais au PS aussi, ça cogne de cette façon..

La différence, c’est qu’au PS, on n’en est pas à attaquer des Régions. Ça ne me gêne pas qu’on s’attaque aux idées des adversaires politiques. En attaquant comme il le fait, le MR n’attaque pas le PS, il attaque la Wallonie. Parce que dans leur tête, ils assimilent le PS à la Wallonie. Or, si je me souviens bien en 2009, cdH et Ecolo ont eu la possibilité de s’allier au MR. Ce n’est pas le PS qui a décidé et imposé ses vues. Alors, attaquer la Wallonie de cette manière, ça me fait mal au cœur. C 'est un choix stratégique erroné.

Quand vous dites que le MR n’est pas infréquentable mais se rend indésirable, le message c’est quoi ? Faites gaffe ou vous allez le regretter ?

Pour l’instant, nous sommes dans un Olivier. En tant qu’homme de gauche, plus les formations du gouvernement sont à gauche, plus je suis content. Évidemment, les élections feront parler les citoyens. Mais mon but, c’est que la gauche soit demain plus forte. Par rapport aux libéraux, quand je vois comment ils s’attaquent à la Wallonie et comment ils perdent les accents sociaux qu’ils avaient jadis, ça ne me donne pas le sentiment qu’ils se rendent désirables pour l’une des formations de l’Olivier aujourd’hui.

C’est encore possible de gouverner ensemble quand on s’est envoyé autant de trucs à la tête ?

Raison pour laquelle je ne le fais jamais. En politique les questions de personnes et le dénigrement finissent toujours par se payer...