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«Celles qui refusent les relations sexuelles peuvent rester seules»

«Celles qui refusent les relations sexuelles peuvent rester seules»

Mais sur ce problème règne la loi du silence. À peine 16% des victimes de violences sexuelles graves déposent plainte à la police.

Une Belge sur cinq est ou a été violée par son partenaire. Le résultat d’une enquête d’Amnesty. Elle fait hurler certains hommes, dont voici les propos outrés.

Le violeur ordinaire, c’est le partenaire. Alors on se tait. L’enquête menée par Amsnety a révélé mercredi qu’une femme sur cinq est ou a été violée par son propre partenaire. Le violeur ordinaire n’est pas tapi dans l’ombre au coin d’une rue. Le grand méchant loup dort surtout dans le lit conjugal.

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Mais sur ce problème règne la loi du silence. À peine 16% des victimes de violences sexuelles graves déposent plainte à la police, tandis que 52% n’ont jamais entrepris la moindre démarche, selon l’enquête. Et pour cause: la victime, violée par son partenaire et qui porte plainte peut se retrouver face à des services de police qui lui tiennent un discours peu encourageant.

On dit gentiment à madame, qu’elle doit faire attention, qu’avec une plainte elle pourrait perdre plus encore, que les divorces c’est coûteux. Les témoignages en ce sens sont poignants. Ils disent combien le viol, et encore plus le viol conjugal, est fréquent tout en étant un tabou lourd.

 

«Tout le monde peut affirmer un viol entre époux après une bonne dispute»

 

L’enquête d’Amnesty montre d’ailleurs aussi que la plupart des gens pensent que les violences sexuelles sont rares en Belgique. Seuls 28% des répondants parlent «d’un vrai problème, assez répandu ». Les préjugés sont tellement ancrés que certains pensent le viol entre époux légal.

 

Les réactions outrées, glanées sur des forums suite à la publication de ces chiffres, en sont une preuve supplémentaire, par l’absurde, si on veut. Adrien s’énerve: «Que l’on parle du viol (surtout en Inde pour Amnesty International!) d’accord. Mais quant à dire qu’en Belgique les maris violent leurs épouses légales et en faire la première page, il fallait oser!»

Philippe dit: «Tout le monde peut affirmer un viol entre époux après une bonne dispute. D’abord, allez prouver cela, et ensuite, est-ce chaque fois crédible? Tout est bon pour faire parler de soi, n’est-ce pas, Amnesty international.»

Jacques écrit: «Amnesty se mêle d’un problème qui ne relève pas de ses «compétences». Il n’y a pas de viol entre époux, dit la Loi».

Faux. Ce que Jacques et les autres hommes qui ont réagi comme lui semblent ignorer, c’est que la loi interdit le viol depuis 1989 en Belgique, dans tous les cas, y compris entre époux.

 

«Pourquoi y aurait il viol? La vie en couple sous-entend qu’il y ait sexualité»

 

Vous en voulez encore? Voici: «Pourquoi y aurait il viol? La vie en couple sous-entend qu’il y ait sexualité. Les femmes qui ne s’en sentent pas capables (et qui souffrent de «migraines» à répétition) peuvent rester célibataires et se tirer d’affaires toutes seules. La vie en commun doit être un partage, à tous niveaux.»

Faut-il rappeler à cet internaute qu’un viol est l’inverse d’un partage?

Autre exemple… Jean-Paul, lui, estime ceci: «Est bien éclairé, celui ou celle qui sait qui abuse l’autre en lui refusant ou en lui imposant un rapport sexuel. Ignorer qu’un rapport de force est parfois intrinsèque à l’acte sexuel c’est ignorer une part importante du fondement de celui-ci.»

Voici autant de réactions qui doivent nous interpeller, nous secouer. Car ce sont autant de preuves qu’il reste chez nous, en Belgique, un chemin gigantesque, à parcourir d’éducation au respect du corps de l’autre, de dialogue sur la sexualité consentie entre hommes et femmes.

 

+ Amnesty lance, ce 6 mars, une grande campagne intitulée «Quand c’est non, c’est non». L’association a également réalisé avec SOS Viol un dépliant destiné au grand public et intitulé «Victime d’un viol? Que faire?»