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La Belgique joyeuse de Jonathan Coe

La Belgique joyeuse de Jonathan Coe

En anglais, le roman de Jonathan Coe porte également le titre à la française d’«Expo 58 ». Belga

Le très Anglais Jonathan Coe a traversé la Manche. Pour la Foire du livre mais aussi pour écrire son nouveau roman: Expo 58.

C’est avec un brin de perplexité dans le regard que Jonathan Coe dépose sur une table une boîte contenant une miniature de l’Atomium. Juste avant de nous rencontrer, il a été officiellement accueilli dans le célèbre monument. Là où l’histoire de son nouveau roman se déroule (voir ci-dessous). Un Jonathan Coe finalement très «Belge » ces derniers temps puisque l’auteur de Testament à l’anglaise est aussi le «parrain » de la Foire du livre de Bruxelles. Avec un sourire un peu timide, parfois légèrement ironique, il répond à nos questions.

Pourquoi Bruxelles et pourquoi l’Expo 58 ?

Je voulais écrire une histoire qui se déroule en Grande-Bretagne à la fin des années 50. Mais je n’ai rien trouvé d’intéressant chez nous à cette époque. En revanche, j’ai réalisé que pour la Belgique, l’année 58 avait été très importante. J’ai décidé de sortir mes personnages de Londres et de les amener à Bruxelles.

Vous vous êtes plongé dans l’histoire de l’expo ?

J’ai d’abord rencontré des témoins directs de l’expo. Puis j’ai commencé à lire des livres. Il y a beaucoup de livres écrits sur le sujet en Belgique, la plupart en français, du coup j’ai dû exercer mon français (sourire) ! Je suis aussi allé aux archives et à la Bibliothèque nationale. A Londres j’ai trouvé des archives sur le pavillon britannique. J’étais de plus en plus fasciné par cette expo.

« Expo 58 » c’est aussi une parodie de roman d’espionnage ?

J’ai grandi dans les années 60 et j’ai vu beaucoup de films et de séries télé d’espionnage, le premier James Bond. J’ai toujours trouvé qu’il y avait quelque chose de drôle et de décalé dans ces films.

Le dernier roman de Ian McEwan « Opération sweet tooth » surfe aussi sur cette vague…

Peut-être que les romans d’espionnage sont dans l’air… Il y a eu le succès du dernier Bond et John Le Carré continue à écrire et devient encore meilleur ! Je pense que les auteurs anglais commencent à comprendre que les romans d’espionnage peuvent être un bon moyen de décrire le comportement humain. Et puis, il semblerait bien que Ian McEwan et moi écrivons les mêmes livres (rires).

La Grande-Bretagne de 58 est très conservatrice, a-t-elle changé ?

Oui, nous sommes un pays qui n’a plus peur d’innover, d’être à la pointe. Ça, c’est différent de 58 . Mais d’un autre côté, les relations avec l’Europe n’ont pas tellement changé. On a toujours un pied dedans et un pied dehors.

Thomas votre héros n’arrive pas, malgré son expérience bruxelloise à changer sa vie.

Au début Thomas est naïf et innocent. À la fin, il perd cette innocence et devient plus sage. Je pense que les gens exagèrent quand ils disent qu’on change au travers de nos expériences. Je connais beaucoup de personnes, et c’est aussi mon cas, qui ont vécu des expériences intenses et en fin de compte n’ont pas changé. Je n’ai pas vraiment changé et pas vraiment appris. Tandis que les personnages de romans changent et apprennent. Mais dans la vie, ce n’est pas comme ça.

Il y a beaucoup de nostalgie dans votre roman.

J’idéalise sans doute cette fin des années 50. Mais je pense que c’était un temps d’innocence où les gens croyaient en l’avenir, au progrès, à la science. Je ne sais pas si c’était vraiment comme ça mais c’est la manière dont je l’ai ressenti. Et je suis vraiment heureux d’avoir vécu cette époque en écrivant ce livre.¦