Les mondes parallèles de Florent

Avec son nouvel album, Florent Marchet convie son public à un voyage aussi sensoriel que mystique.

Artiste et homme bipolaire, Florent Marchet livre un nouvel album en forme de voyage. Dans le cosmos et l’âme humaine. Tout ça. Et le pire, c’est que ça se tient. Rencontre.

Il a commencé par nous parler de son bled, dans le Berry. C’était avec son premier album, le joli Gargilesse. Depuis, Florent Marchet a fait du chemin, alternant succès (Courchevel) et échec (Rio Baril). Cultivant, aussi, sa singularité, lui dont l’écriture le rapproche plus d’un Olivier Adam – son ami – que d’un Pascal Obispo. Tant mieux. À 38 ans, le bonhomme n’a pas fini de tracer sa route. Il l’imagine même désormais cosmique avec Bambi Galaxy, un nouvel album très politique dans lequel il propose à l’espèce humaine d’aller chercher ailleurs ce qu’elle ne trouve plus sur Terre: un idéal. Au passage, ce jeune père profite de cette odyssée pour l’interroger sur son bilan. Et son avenir. Pas fameux, autant vous le dire tout de suite. Mais on lui laisse la parole, qu’il a prolixe…

Florent, votre nouvel album dresse en quelque sorte le bilan de l’humanité. Ça donne quoi ?

Ce n’est pas brillant. Avec ce disque, j’ai voulu comprendre comment on a pu créer un monde avec autant d’indifférence, aussi peu de partage, aussi froid, aussi cynique. On spécule même sur les matières premières. Du coup, on crée des fossés immenses entre les gens. On nous parle de crise, alors qu’on a quand même multiplié les richesses par 40 en un siècle. C’est d’un cynisme incroyable. Sur mes albums précédents, je me demandais d’où je venais, ce qu’on m’avait légué. Depuis, j’ai eu deux enfants, dont le plus vieux a cinq ans. Et la question qui me traverse désormais, c’est : que vais-je leur transmettre ? À eux, mais aussi aux autres ?

Réponse ?

C’est difficile de justifier le monde qu’on est en train de fabriquer. Je me souviens que quand j’étais gamins, dans les années 80, on nous disait : là, c’est la crise – oui, déjà… (rires) – mais en 2000, vous verrez, il va se passer des choses incroyables, il n’y aura plus de guerre, de famine, il y aura des voitures volantes et on pourra passer ses vacances sur la Lune. Tout ça faisait rêver… et on a créé un monde où il y a encore plus d’inégalités. On est censés vivre une époque incroyable : on sait de plus en plus de choses sur notre monde, on est en passe de comprendre. Et pourtant, nous continuons de nous comporter en gamins capricieux et autocentrés alors que nous ne sommes rien, ou si peu. Si l’homme était aussi intelligent qu’on le dit, plus que les animaux en tout cas, il devrait être capable de créer une société moins violente où il y a plus à partager.

Ce n’est pas un peu idéaliste ?

Oui, mais il ne faut pas s’étonner, alors, si toutes les questions existentielles sont maintenant réservées aux mouvements sectaires et aux religions. Tout cela parce que les politiciens n’ont pas su maintenir l’homme dans un état spirituel acceptable. On dit souvent que l’homme est un loup pour l’homme et dans les années 50-60, dans les films, la menace venait toujours de l’extérieur, des aliens par exemple. Aujourd’hui, elle vient de l’intérieur : l’homme est devenu un alien pour l’homme. Il est un propre danger pour lui-même. C’est la seule espèce qui serait capable de s’autoexterminer alors que l’homme ne fera que passer sur Terre. Et encore, bien moins longtemps que les dinosaures. Ça devrait nous rendre humble. Au lieu de cela, l’homme est en train de créer ce que les scientifiques appellent l’anthropocède : on est la première espèce à modifier l’écosystème. On est passé à une nouvelle ère géologique qui fera date dans l’histoire de l’humanité.

Coloniser une autre planète serait donc notre seule issue ?

C’est la question que se pose mon personnage. Il cherche sa place. C’est un peu la définition du bonheur, finalement. Plus largement, L’homme ne pourra pas rester éternellement sur Terre, on le sait. Mais c’est peut-être la seule espèce qui pourra sauver sa peau, car elle a les moyens de la quitter. Il y a beaucoup d’expériences de ce type, au Canada ou ailleurs : on crée des biosphères pour voir si l’on parviendrait à vivre ailleurs, sur d’autres planètes. C’est une question qui se posera, c’est sûr. Mais la question qui se pose surtout, c’est de savoir pourquoi on ferait ça ? Est-ce viable, est-ce intéressant de perpétuer l’espèce humaine en dehors de la Terre ? Si c’est pour refaire les mêmes conneries, je n’en suis pas certain.¦

« Bambi Galaxy », Pias.