Portion négligeable

Belga

L’Europe menace en Ukraine. Mais un peu tard… C’est le fruit d’une politique extérieure devenue insaisissable et inconsistante.

Les images parlent d’elles-mêmes. Des images rouge feu et rouge sang comme on n’a plus l’habitude d’en voir sur le Vieux Continent.

Hier matin, beaucoup se sont réveillés avec une curieuse impression d’incrédulité: 26 morts, au cours de la nuit, dans une capitale, aux portes de l’Union européenne… Comment est-ce encore possible? Comment en est-on arrivé là? Pourquoi n’avons-nous pas été capables de prévenir un tel affrontement? Parce qu’il allait de soi qu’il n’y aurait pas de règlement pacifique du conflit à Kiev, que le régime du président Ianoukovitch passerait à l’offensive, tôt ou tard, lorsque l’opposition se serait (un peu) essoufflée.

L’histoire de cette quasi-guerre civile, en Ukraine, c’est aussi l’histoire d’un échec de la diplomatie européenne. Après de longues tergiversations, la représentante Catherine Ashton a annoncé hier que les 27 envisageaient de prendre des sanctions contre les responsables de la répression (p. 2-3). Jusque-là, c’était plutôt le règne de l’attentisme et de la diplomatie fataliste qui prévalait. Comme en Syrie, l’Union européenne se découvrait impuissante face au géant russe et incapable d’adopter une position commune pour exercer une influence sur la scène internationale. C’est bien connu, il y a presque autant de politiques extérieures que de capitales au sein de l’UE. À tel point que ces divisions sont souvent un prétexte pour justifier l’inertie.

Comment, dans ces conditions, infléchir le pouvoir ukrainien, sachant que celui-ci a tout intérêt à ne pas se fâcher avec le Kremlin, notamment pour continuer à bénéficier de ses largesses énergétiques? Comment faire pression sur le pouvoir politique pour qu’il mette en place un mode de gouvernement respectueux des différentes composantes nationales?

À trop jouer la temporisation, le respect des intérêts des uns et des autres, les jeux d’influences de la realpolitik, l’Union européenne finit par compter comme portion négligeable. Et ce n’est certainement pas de cette manière-là qu’elle parviendra à éteindre les périls de la barbarie sur son propre continent.