La forte demande qui fait le jeu des spéculateurs

La forte demande qui fait le jeu des spéculateurs

Le prix de l’épeautre devrait baisser après la prochaine récolte en août. Reporters / ARTHAUD / SUNSET

Dans le milieu des meuneries et des céréaliers, on estime que le prix anormalement haut de l’épeautre n’est qu’une bulle qui éclatera après la prochaine moisson. En août, le prix de la céréale repartira à la baisse. Notez-le à votre agenda afin de voir si votre pain suit la même courbe descendante, on peut rêver…

Mais pourquoi cette baisse annoncée pour l’été? Parce que les fermiers se sont adaptés au succès subit de l’épeautre et ont réservé plus d’hectares à cette culture. On évoque 25% en plus en Wallonie. Pourquoi ne pas l’avoir fait plus tôt afin d’éviter la pénurie et la flambée des prix qui l’accompagne? Parce que lorsque les agriculteurs ont pris conscience que l’explosion de la demande allait durer, il était trop tard pour semer (on ne sème l’épeautre qu’une fois l’an, en octobre-novembre).

Une forte demandevenue d’Allemagne

«Pour la récolte 2012, la tonne achetée à l’agriculteur tournait autour de 220-250€, analyse Olivier Henroz, responsable céréales chez Wal. Agri. Mais en février 2013, Aldi et Lidl ont commencé à acheter de l’épeautre en masse, y compris en Wallonie.» Les chaînes de supermarchés allemands décidaient de commercialiser un pain d’épeautre et le prix de la céréale commençait alors à grimper. Jusqu’à 400€ en juillet 2013.

Manque de prévoyance? Trop tard pour s’organiser? Les fermiers n’ensemençaient pourtant pas de plus grandes surfaces qu’un an auparavant. À raison semblait-il dans un premier temps puisque jusqu’en décembre dernier, les prix se tassaient.

«Mais depuis fin janvier, ça a vraiment commencé à exploser », explique Olivier Henroz. La faute à nouveau à l’Allemagne, devenue friande de cette céréale pauvre en gluten mais qui a aussi décidé d’en exporter en masse vers la Suède et la Norvège qui connaissaient peu ce produit.

Mais chez nous, certains profitent aussi de cette tension sur le marché pour spéculer. Chez Agribio, une coopérative bio de quatre agriculteurs qui gère tout le circuit de la culture à la boulangerie, on a voulu anticiper en proposant à un autre agriculteur un contrat à 400€/tonne pour la prochaine récolte. «C’est un bon prix, garanti, et on était même prêt à aller jusqu’à 450€, dit Christophe Portier, administrateur-délégué de la coopérative. Mais c’est difficile de convaincre les fermiers qui préfèrent souvent spéculer. Ici aussi, il a refusé le contrat alors que c’est pourtant un fermier qui a lui-même créé une coopérative laitière car il était victime de la spéculation dans ce secteur…»A.W.